LE CERCUEIL BLANC — CHAPITRE 1
LE CERCUEIL BLANC — CHAPITRE 1
« Mademoiselle, arrêtez-vous immédiatement ! Mais qu'est-ce que vous faites ?! »
Je n'avais pas le temps de répondre.
La lourde clé à molette pesait dans ma main couverte de cambouis. Je courais à travers l'allée de marbre, mes bottes de travail laissant derrière elles des traces noires sur le sol immaculé.
Autour de moi, personne ne comprenait.
Les invités du plus prestigieux enterrement de Paris s'étaient tous retournés.
Des hommes en costumes noirs.
Des femmes vêtues de haute couture.
Des journalistes.
Des hommes politiques.
Des héritiers.

Et, au centre de cette cathédrale silencieuse, un cercueil blanc reposait sous une immense couronne de roses.
À l'intérieur se trouvait Victor de Rochefort.
Milliardaire.
Industriel.
Philanthrope.
Et, selon tous les médecins présents...
mort depuis quarante-huit heures.
Je n'y croyais pas.
Pas une seconde.
Je me suis précipitée vers le cercueil.
Deux gardes du corps ont essayé de me retenir.
— Éloignez-vous !
Je les ai repoussés.
— Laissez-moi passer !
— Madame, reculez immédiatement !
Mais j'étais déjà devant le cercueil.
La veuve de Victor de Rochefort s'est levée.
Éléonore de Rochefort.
Élégante.
Parfaite.
Vêtue d'une longue robe noire qui semblait avoir été conçue pour cette cérémonie.
Elle me regardait.
Et son visage m'a immédiatement convaincue.
Elle avait peur.
Pas la peur d'une femme qui venait de perdre son mari.
Une autre peur.
La peur d'une femme qui venait de comprendre que quelqu'un venait de découvrir son secret.
J'ai posé ma main sur le cercueil.
Froid.
Très froid.
Trop froid.
— Qu'est-ce que vous faites ? demanda-t-elle.
Je ne lui ai pas répondu.
J'ai sorti ma clé à molette.
Les invités ont commencé à murmurer.
— Elle est folle.
— Faites-la sortir.
— Appelez la sécurité !
Un garde s'est approché.
J'ai levé l'outil.
— Touchez-moi et je vous garantis que vous aurez beaucoup plus de problèmes que moi.
Il s'est arrêté.
Je me suis penchée sur le cercueil.
Le verrou en laiton était juste devant moi.
J'ai frappé.
CLANG !
Un cri a traversé l'assemblée.
— Arrêtez !
CLANG !
Le verrou s'est fissuré.
Éléonore s'est précipitée vers moi.
— Vous n'avez pas le droit !
Je l'ai regardée.
— Vous avez raison.
J'ai frappé une troisième fois.
CLANG !
Le verrou s'est brisé.
Le silence est devenu absolu.
J'ai posé ma main sur le couvercle.
Puis j'ai hésité.
Pendant une seconde, j'ai pensé que j'étais peut-être devenue folle.
Peut-être que les médecins avaient raison.
Peut-être que Victor de Rochefort était réellement mort.
Peut-être que je venais de détruire la dernière volonté d'un homme devant toute l'élite parisienne.
Puis j'ai collé mon oreille contre le bois.
Et j'ai entendu quelque chose.
Très faible.
Presque imperceptible.
Toc.
J'ai retenu mon souffle.
Puis...
Toc.
J'ai fermé les yeux.
Mon cœur s'est mis à battre violemment.
Je me suis redressée.
— Chut...
Personne ne parlait.
J'ai levé la main.
— Écoutez.
Une femme au premier rang a murmuré :
— Il n'y a rien.
J'ai secoué la tête.
— Si.
Je me suis penchée de nouveau.
Et cette fois...
je l'ai entendu clairement.
Un souffle.
Faible.
Régulier.
Puis un battement.
BouM.
J'ai regardé Éléonore.
Son visage était devenu blanc.
— Il y a encore un battement.
Un homme derrière elle s'est écrié :
— C'est impossible !
J'ai répondu :
— Non.
Puis j'ai frappé le couvercle.
— Il est vivant.
La cathédrale entière a explosé de cris.
Les gardes se sont précipités.
Les journalistes ont sorti leurs téléphones.
Quelqu'un appelait les secours.
Mais Éléonore ne bougeait plus.
Elle me fixait.
Et dans ses yeux, j'ai vu exactement ce que je redoutais.
Elle savait.
Elle savait que son mari était vivant.
Et elle savait pourquoi il avait été enfermé dans ce cercueil.
Quelques minutes plus tard, les médecins ont ouvert le cercueil.
Victor était là.
Son visage était extrêmement pâle.
Son corps presque immobile.
Mais son cœur battait.
Très faiblement.
Les médecins ont immédiatement commencé les premiers soins.
— Il respire !
— Préparez le défibrillateur !
— Vite !
Je suis restée à quelques mètres.
Mes mains tremblaient.
Je ne savais pas encore si j'avais sauvé un homme...
ou si je venais de déclencher une guerre.
Un policier s'est approché.
— Madame, vous allez devoir nous expliquer.
Je l'ai regardé.
— Je m'appelle Clara Martin.
— Votre profession ?
— Mécanicienne.
Il a regardé mes vêtements couverts de graisse.
— Et pourquoi pensiez-vous que Monsieur de Rochefort était vivant ?
J'ai hésité.
Puis j'ai sorti mon téléphone.
— Parce qu'il m'a appelé hier soir.
Le policier s'est figé.
— Pardon ?
— À 23 h 47.
Je lui ai montré l'écran.
Un appel manqué.
Victor de Rochefort.
Le policier pâlit.
— Vous êtes certaine ?
— Oui.
— Vous avez parlé avec lui ?
J'ai hoché la tête.
— Pendant trente-deux secondes.
— Qu'est-ce qu'il vous a dit ?
Je me suis retournée vers le cercueil.
Puis vers Éléonore.
— Il a dit une seule phrase.
Le policier attendait.
— « Clara, si je meurs, ne laissez personne m'enterrer. »
Le visage du policier changea.
— Pourquoi vous ?
Je n'ai pas répondu.
Parce que moi-même, je ne connaissais pas toute la réponse.
Victor de Rochefort m'avait rencontrée trois mois auparavant dans son garage privé.
Il possédait une collection de voitures anciennes valant des millions.
Mais ce jour-là, il ne m'avait pas demandé de réparer une voiture.
Il m'avait demandé de réparer quelque chose de beaucoup plus dangereux.
Une voiture blindée.
La sienne.
Et lorsque j'avais ouvert le panneau sous le siège conducteur...
j'avais découvert quelque chose qui n'aurait jamais dû être là.
Un compartiment secret.
À l'intérieur...
une clé USB.
Et un morceau de papier.
Sur lequel Victor avait écrit :
« Si vous trouvez ceci, ne faites confiance à personne dans ma famille. »
À l'époque, je pensais qu'il exagérait.
Je pensais qu'un milliardaire paranoïaque avait simplement peur d'être volé.
Aujourd'hui, je savais que je m'étais trompée.
Parce que pendant que Victor était transporté en urgence vers l'hôpital...
Éléonore de Rochefort s'est approchée de moi.
Elle s'est arrêtée à quelques centimètres.
Son visage était redevenu parfaitement calme.
Puis elle a murmuré :
— Vous auriez dû le laisser mourir.
Je l'ai regardée.
— Pourquoi ?
Elle s'est penchée vers mon oreille.
— Parce que maintenant...
Elle sourit.
— ils savent que vous avez la clé.
Puis elle s'est éloignée.
Je suis restée immobile.
La clé USB était toujours dans ma poche.
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Et pour la première fois, je me suis demandé une chose terrifiante :
Qu'est-ce que Victor de Rochefort avait découvert avant qu'on essaie de l'enterrer vivant ?