CHAPITRE 19 — LA VÉRITABLE GUERRE

CHAPITRE 19 — LA VÉRITABLE GUERRE
Le message resta affiché sur mon téléphone.
« Préparez-vous pour la véritable guerre. »
Je relus la phrase plusieurs fois.
Puis je regardai Gabriel.
— Qui sont-ils ?
Il ne répondit pas immédiatement.
Mon père s'approcha.
— Gabriel ?
Mon frère prit une profonde inspiration.
— Ils s'appellent L'Ordre Noir.
Ma mère pâlit.
— Non...
Je me tournai vers elle.
— Tu connais ce nom ?
Elle acquiesça lentement.
— Ton grand-père refusait même de le prononcer.
— Pourquoi ?
— Parce que le Cercle travaillait pour eux.
Je sentis un frisson.
— Travaillait pour eux ?
Gabriel hocha la tête.
— Le Cercle n'était jamais indépendant.
— Alors qui commandait ?
Il répondit :
— Des hommes qui n'apparaissent dans aucun registre.
— Des hommes politiques ?
— Certains.
— Des milliardaires ?
— Certains.
— Alors qui ?
Gabriel me regarda.
— Des familles.
Je fronçai les sourcils.
— Combien ?
— Sept.
— Sept familles contrôlent tout ?
— Elles contrôlent une partie du monde.
Je regardai mon père.
— Et pourquoi veulent-elles notre famille ?
Il répondit :
— Parce que ton arrière-grand-père leur a volé quelque chose.
— Quoi ?
Ma mère murmura :
— Une fortune.
Gabriel secoua la tête.
— Pas seulement.
Il sortit une vieille photographie.
Au centre se trouvait un coffre métallique.
Autour, sept hommes.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Le coffre d'origine.
— Et qu'y a-t-il dedans ?
Gabriel répondit :
— Les preuves de la création de l'Ordre Noir.
Je compris immédiatement.
— Et mon arrière-grand-père l'a caché.
— Oui.
— Où ?
Gabriel me regarda.
— Personne ne le sait.
Puis il ajouta :
— Sauf peut-être toi.
Je fronçai les sourcils.
— Moi ?
— Ton père t'a laissé un indice quand tu étais enfant.
Je réfléchis.
Un souvenir me revint.
Une boîte musicale.
Mon père me l'avait donnée lorsque j'avais six ans.
Il disait toujours :
« Quand tu seras assez grande, tu comprendras. »
Je regardai mon père.
— La boîte.
Il sourit tristement.
— Je me demandais quand tu t'en souviendrais.
Nous rentrâmes immédiatement à la maison.
Je montai dans mon ancienne chambre.
Tout était resté presque identique.
Les livres.
Les jouets.
Les photographies.
Je fouillai dans une vieille armoire.
Puis je la trouvai.
La petite boîte musicale.
Je l'ouvris.
Une mélodie commença.
Gabriel s'approcha.
— Attends.
Il observa le mécanisme.
— Il manque quelque chose.
— Quoi ?
— Une pièce.
Mon père répondit :
— Ton arrière-grand-père l'a retirée.
— Où est-elle ?
Il me regarda.
— Dans ton pendentif.
Je sortis le pendentif que je portais depuis mon enfance.
Gabriel l'examina.
— Ouvre-le.
Je le fis.
À l'intérieur se trouvait une minuscule pièce métallique.
Je la plaçai dans la boîte.
La musique changea.
Un déclic retentit.
Le fond de la boîte s'ouvrit.
Un petit morceau de papier apparut.
Je le dépliai.
Il n'y avait qu'une phrase :
« Cherche là où sept ombres se rencontrent. »
Gabriel réfléchit.
— Sept ombres...
Ma mère murmura :
— Paris.
— Pourquoi Paris ?
— Parce que les sept familles avaient leurs sièges ici.
Mon père ajouta :
— Mais leurs représentants se réunissaient toujours au même endroit.
Je demandai :
— Où ?
Il répondit :
— Sous l'ancienne bibliothèque nationale.
Nous nous y rendîmes le soir même.
L'endroit était fermé depuis des années.
Mais la clé trouvée dans la boîte ouvrit une petite porte latérale.
Nous descendîmes plusieurs étages.
Une salle immense apparut.
Au centre se trouvait une table ronde.
Sept sièges.
Six étaient vides.
Le septième...
était occupé.
Un homme était assis dans l'obscurité.
Je levai mon arme.
— Qui êtes-vous ?
Il se leva lentement.
Un vieil homme.
Élégant.
Calme.
Je reconnus son visage.
Je l'avais vu dans les dossiers du Cercle.
— Monsieur Morel.
Gabriel se plaça devant moi.
— Tu n'aurais pas dû venir.
Morel sourit.
— Je vous attendais.
— Pourquoi ?
— Parce que ton grand-père savait que vous finiriez par trouver cette pièce.
Je demandai :
— Où est le coffre ?
Il sourit.
— Tu crois vraiment que je vais te le dire ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Je levai le registre.
— Parce que j'ai publié la moitié de vos secrets.
Son sourire disparut.
— Tu as commis une grave erreur.
— Laquelle ?
— Tu as réveillé les six autres familles.
Je restai silencieuse.
— Elles vont venir ?
— Elles sont déjà là.
Les lumières s'allumèrent.
Six portes s'ouvrirent.
Six personnes apparurent.
Un homme.
Deux femmes.
Trois autres hommes.
Tous élégants.
Tous silencieux.
Je compris.
Les sept familles étaient réunies.
Morel se plaça au centre.
— Clara Martin.
Je le regardai.
— Oui.
— Tu portes le sang de l'homme qui nous a trahis.
— Je n'ai rien à voir avec lui.
— Tu as son héritage.
— Je n'en veux pas.
Morel sourit.
— Tu n'as pas le choix.
Il claqua des doigts.
Un écran apparut.
Je vis une vidéo.
Henri.
Puis Delacroix.
Puis Gabriel.
Puis...
moi.
Une autre image apparut.
Une maison.
Je reconnus immédiatement l'endroit.
La maison où j'avais grandi.
Morel dit :
— Nous savons tout sur toi.
Je serrai les poings.
— Vous me menacez ?
— Non.
Il sourit.
— Je te propose un marché.
— Lequel ?
— Rejoins-nous.
Je ris.
— Jamais.
— Réfléchis.
Il désigna l'écran.
Une vidéo de ma mère apparut.
Puis mon père.
Puis Gabriel.
— Nous pouvons les protéger.
Je répondis :
— Ils n'ont pas besoin de votre protection.
Morel sourit.
— Alors peut-être que toi, tu en auras besoin.
Un homme entra derrière nous.
Il pointa une arme sur Gabriel.
Je me retournai.
— Non !
Gabriel leva les mains.
Morel dit :
— Tu as vingt-quatre heures.
— Pour quoi ?
— Trouver le coffre.
— Et si je refuse ?
Il répondit calmement :
— Alors nous détruirons tout ce que ton arrière-grand-père a construit.
Je demandai :
— Pourquoi avez-vous besoin de moi ?
Morel sourit.
— Parce que le coffre ne s'ouvre qu'avec ton sang.
Je compris enfin.
Ils ne voulaient pas seulement le coffre.
Ils avaient besoin de moi.
Nous quittâmes la salle sous surveillance.
Une voiture nous attendait.
À l'intérieur, Gabriel resta silencieux.
Je le regardai.
— Tu savais.
— Oui.
— Depuis quand ?
— Depuis que j'ai trouvé le dossier de notre arrière-grand-père.
— Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
— Parce que je voulais te donner une vie normale.
Je soupirai.
— Tu recommences.
Il sourit.
— Je sais.
Puis il me tendit une enveloppe.
— Ouvre-la seulement lorsque nous serons arrivés.
Je la regardai.
— Qu'est-ce que c'est ?
— La dernière lettre de notre père.
Je l'ouvris.
Une seule phrase était écrite :
« Clara, si tu lis ceci, c'est que le Cercle est tombé. Mais souviens-toi : le véritable ennemi ne veut pas ta mort. Il veut que tu deviennes comme eux. »
Je levai les yeux.
Gabriel me regardait.
— C'est exactement ce qu'ils veulent.
— Et qu'est-ce que je dois faire ?
Il sourit.
— Leur donner ce qu'ils veulent.
Je fronçai les sourcils.
— Quoi ?
— Le coffre.
— Mais il est caché.
— Oui.
— Et nous ne savons pas où.
Gabriel regarda par la fenêtre.
— Je sais.
Je me figeai.
— Où ?
Il répondit :
— Dans la maison où nous sommes nés.
Je compris.
L'ancienne maison familiale.
Celle qui avait brûlé vingt ans auparavant.
Celle que tout le monde croyait détruite.
Mais Gabriel ajouta :
— Il y a une chose que je ne t'ai pas encore dite.
— Quoi ?
Il me regarda droit dans les yeux.
— Notre maison n'a jamais brûlé.
Nous arrivâmes avant l'aube.
La maison semblait abandonnée.
Mais derrière les murs noircis...
une lumière brillait.
Quelqu'un était déjà à l'intérieur.
Gabriel sortit son arme.
Je fis de même.
Nous poussâmes la porte.
Puis une voix retentit dans l'obscurité.
Une voix que je n'avais pas entendue depuis des mois.
Une voix que je croyais morte.
— Vous avez mis du temps à rentrer.
Je me figeai.
Gabriel devint livide.
Mon père recula.
Ma mère porta une main à sa bouche.
Et une silhouette sortit de l'ombre.
Mon grand-père.
Gabriel murmura :
— Mais...
Je regardai Gabriel.
— Tu croyais qu'il était mort ?
Il répondit :
— Oui.
Mon grand-père sourit.
— Je suis désolé de vous décevoir.
Puis il regarda directement le pendentif autour de mon cou.
— Clara...
Il s'approcha.
— Il est temps que tu connaisses toute la vérité.
Et derrière lui...
le mur s'ouvrit lentement.
Un immense coffre apparut.
Le coffre originel.
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Mais mon grand-père posa sa main dessus et murmura :
— Ce qu'il contient changera tout ce que tu crois savoir sur notre famille.