CHAPITRE 16 — MON FRÈRE

CHAPITRE 16 — MON FRÈRE
Je ne savais plus quoi penser.
Le jeune homme se tenait dans l'embrasure de la porte.
Il avait les mêmes yeux que moi.
La même forme de visage.
Même cette petite cicatrice au-dessus du sourcil gauche que je portais depuis l'enfance.
Mais je ne l'avais jamais vu.
Ma mère pleurait.
— Gabriel...
Le jeune homme secoua la tête.
— Ne m'appelle pas comme ça.
Je me tournai vers elle.
— Son nom est Gabriel ?
Elle hocha la tête.
— Gabriel Martin.
Je regardai mon grand-père.
Il était silencieux.
Je compris alors.
— Tu m'as dit que mon grand-père s'appelait Gabriel.
Ma mère baissa les yeux.
— C'était son nom.
Je regardai le jeune homme.
— Alors pourquoi porte-t-il le même nom ?
Il répondit :
— Parce que j'ai été nommé en son honneur.
Je reculai.
— Quel âge as-tu ?
— Vingt-sept ans.
Je calculai rapidement.
— Tu es né avant moi.
— Deux ans avant toi.
Je regardai ma mère.
— Pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de lui ?
Elle ne répondit pas.
Henri éclata de rire.
— Parce qu'il devait mourir.
Le jeune homme se tourna vers lui.
— Tu as essayé.
— Et j'ai échoué.
Gabriel sourit froidement.
— Plusieurs fois.
Je compris alors que mon frère n'était pas une victime ordinaire.
Il avait survécu.
Et il connaissait le Cercle mieux que personne.
Mon père prit la parole.
— Clara...
Je me tournai vers lui.
— Tu savais ?
Il baissa la tête.
— Oui.
— Depuis quand ?
— Depuis ta naissance.
Je sentis ma gorge se serrer.
— Alors toute ma vie était un mensonge.
— Nous voulions te protéger.
Je secouai la tête.
— Encore cette phrase.
Mon père s'approcha.
— Ton frère devait disparaître parce que le Cercle le considérait comme un héritier potentiel.
— Et moi ?
— Tu étais trop jeune.
— Alors pourquoi m'avoir choisie à sa place ?
Ma mère répondit :
— Parce que ton frère avait été découvert.
Gabriel intervint :
— Ils m'ont retrouvé à l'âge de six ans.
Je le regardai.
— Que s'est-il passé ?
Il inspira profondément.
— Henri m'a enlevé.
Je regardai Henri.
— Pourquoi ?
— Pour atteindre nos parents.
Gabriel continua :
— Ils m'ont enfermé pendant huit mois.
— Huit mois ?
— Oui.
— Et comment as-tu survécu ?
Il regarda ma mère.
— Grâce à elle.
Ma mère pleurait.
— J'ai fait un marché avec le Cercle.
Je demandai :
— Lequel ?
Elle répondit :
— Ils me laissaient sauver ton frère.
Elle marqua une pause.
— Mais en échange...
— Quoi ?
— Je devais leur donner quelque chose.
Henri sourit.
— Elle devait me donner ton père.
Je regardai ma mère.
— Tu as sacrifié papa ?
Elle secoua la tête.
— Je croyais que c'était la seule façon de sauver Gabriel.
Mon père murmura :
— Et tu as réussi.
Je le regardai.
— Alors pourquoi as-tu disparu ?
— Parce que je devais faire croire que j'étais mort.
Je regardai Gabriel.
— Et lui ?
— Je l'ai envoyé à l'étranger.
Gabriel ajouta :
— J'ai vécu sous une fausse identité pendant dix-huit ans.
Henri se mit à applaudir.
— Quelle magnifique réunion de famille.
Je le regardai.
— Vous êtes responsable de tout ça.
Il sourit.
— Pas de tout.
— De quoi alors ?
Il désigna mon frère.
— Demande-lui ce qu'il faisait avant d'entrer ici.
Je me tournai vers Gabriel.
— Qu'est-ce qu'il veut dire ?
Gabriel resta silencieux.
— Gabriel ?
Il baissa les yeux.
— Je travaillais pour le Cercle.
Mon cœur se serra.
— Quoi ?
— J'étais infiltré.
— Depuis quand ?
— Depuis mes dix-huit ans.
— Pour qui ?
Il regarda ma mère.
— Pour elle.
Je me tournai vers ma mère.
— Tu savais qu'il était vivant ?
— Oui.
— Et tu ne m'as rien dit.
— Je voulais que tu aies une vie normale.
Je ris nerveusement.
— Une vie normale ?
Je regardai autour de moi.
Les armes.
Les dossiers.
Le sang.
— Rien dans ma vie n'a été normal.
Soudain, les portes explosèrent.
Des policiers entrèrent.
— Personne ne bouge !
Henri tenta de fuir.
Mais Mercier lui barra le passage.
— C'est fini.
Henri leva son arme.
Mercier fut plus rapide.
Il tira dans le sol.
Henri lâcha son arme.
Les policiers l'arrêtèrent.
Pour la première fois...
Henri était menotté.
Mais il souriait.
— Vous pensez avoir gagné.
Je m'approchai.
— Oui.
Il me regarda.
— Non.
— Pourquoi ?
Il murmura :
— Parce que le Cercle ne disparaîtra jamais.
Je répondis :
— Peut-être.
Puis je montrai le registre.
— Mais il ne vous appartiendra plus.
Henri fut emmené.
Quelques heures plus tard, nous étions dans une salle sécurisée.
Les policiers examinaient les dossiers.
Des journalistes attendaient dehors.
Le nom du Cercle était déjà partout.
Mais une question restait.
Qui allait prendre le contrôle des milliards ?
Gabriel s'approcha de moi.
— Tu dois décider.
— De quoi ?
— Du registre.
— Je vais le remettre aux autorités.
Il secoua la tête.
— Ce n'est pas si simple.
— Pourquoi ?
— Parce que plusieurs personnes qui travaillent pour l'État figurent dans ce registre.
Je compris.
— Alors personne ne peut être digne de confiance.
— Exactement.
Je regardai mon père.
— Que ferais-tu ?
Il répondit :
— Je détruirais tout.
Ma mère secoua la tête.
— Non.
Elle me regarda.
— Il faut révéler la vérité.
Je demandai :
— Même si cela détruit des familles ?
— Oui.
— Même si cela met notre vie en danger ?
— Oui.
Je regardai Gabriel.
Il acquiesça.
Alors je pris une décision.
— Je veux tout publier.
Mon père me regarda.
— Tout ?
— Tout.
Mais avant que nous puissions agir...
une enveloppe arriva.
Aucun expéditeur.
À l'intérieur se trouvait une photographie.
Je la retournai.
Une phrase était écrite au dos :
« Vous avez arrêté Henri. »
Puis :
« Vous avez retrouvé Gabriel. »
Puis :
« Vous pensez avoir découvert le Cercle. »
Je tournai la page.
Une dernière phrase :
« Mais vous n'avez pas encore rencontré le véritable ennemi. »
Gabriel pâlit.
— Non...
— Quoi ?
Il regardait la photographie.
— Je connais cette signature.
— Qui est-ce ?
Il me répondit :
— Le juge qui a signé toutes les autorisations du Cercle.
Je fronçai les sourcils.
— Qui ?
Gabriel prononça un nom.
Je le reconnus immédiatement.
C'était le nom d'un homme que j'avais rencontré plusieurs fois dans mon enfance.
Un homme que ma mère présentait comme un ami de la famille.
Le juge Antoine Delacroix.
Mon sang se glaça.
— Il est mort.
Gabriel secoua la tête.
— Non.
— Alors où est-il ?
Il regarda par la fenêtre.
— À l'intérieur du palais de justice.
Je compris.
Notre bataille n'était pas terminée.
Elle venait seulement de commencer.
Le lendemain matin, je me rendis au palais de justice.
Les journalistes étaient partout.
Les caméras aussi.
Je descendis de voiture avec mon frère à mes côtés.
Mon père et ma mère nous suivirent.
Pour la première fois...
nous étions réunis.
Une famille.
Une vraie.
Mais lorsque je franchis les portes du bâtiment...
mon téléphone vibra.
Un message.
« Regarde derrière toi. »
Je me retournai.
Personne.
Puis un deuxième message :
« Ton frère n'est pas celui que tu crois. »
Je regardai Gabriel.
Il me regardait déjà.
Son visage était devenu étrangement pâle.
Je demandai :
— Gabriel...
— Oui ?
— Est-ce que tu m'as menti ?
Il ne répondit pas.
Et dans ce silence...
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je compris que oui.
Mon frère cachait encore un secret.