CHAPITRE 9 — LA FEMME QUI AVAIT TOUT ORGANISÉ

CHAPITRE 9 — LA FEMME QUI AVAIT TOUT ORGANISÉ
Je fixais ma mère.
Pendant plusieurs secondes, aucun son ne sortit de ma bouche.
La femme qui m'avait bercée.
La femme dont j'avais gardé l'image comme celle d'une victime.
La femme que j'avais pleurée pendant vingt ans.
Elle se tenait au sommet de l'escalier...
à côté de l'homme que je croyais être le véritable monstre.
Henri.
Mais ce fut son regard à elle qui me terrifia le plus.
Parce qu'elle ne pleurait pas.
Elle ne semblait pas paniquée.
Elle semblait...
résignée.
— Maman ?
Elle ferma les yeux.
— Je voulais te le dire autrement.
— Alors dis-le maintenant.
Henri sourit.
— Elle n'a jamais eu le courage.
Mon père se plaça devant moi.
— Tais-toi.
Henri éclata d'un rire bref.
— Après vingt-cinq ans, tu continues à jouer au héros.
Il descendit une marche.
— Mais tu n'as jamais compris une chose, Thomas.
Je me figeai.
Thomas.
C'était le prénom de mon père.
Henri continua :
— Tu pensais pouvoir sauver ta fille en disparaissant.
— Je l'ai sauvée.
— Non.
Henri regarda ma mère.
— C'est elle qui l'a sauvée.
Je regardai ma mère.
— Est-ce vrai ?
Elle acquiesça lentement.
— Oui.
— Tu dirigeais le Cercle ?
— Je le dirigeais autrefois.
— Et maintenant ?
Elle regarda Henri.
— Maintenant, je cherche à le détruire.
Je ne comprenais plus rien.
— Alors pourquoi m'avoir caché la vérité ?
Ma mère descendit les escaliers.
— Parce que le Cercle ne pardonne jamais les trahisons.
— Tu les as trahis ?
— Oui.
— Quand ?
Elle s'arrêta devant moi.
— Le jour où tu es née.
Elle prit une profonde inspiration.
— Ton père travaillait pour le Cercle depuis plusieurs années. Il gérait leurs comptes. Il connaissait leurs secrets.
Mon père détourna les yeux.
— Puis il m'a rencontrée.
Ma mère continua :
— Au début, je pensais pouvoir le contrôler.
— Et tu es tombée amoureuse de lui ?
Elle sourit tristement.
— Oui.
Je regardai mon père.
— Et Éléonore ?
— Éléonore est née avant notre rencontre.
Ma mère regarda ma sœur.
— Je l'ai élevée comme ma propre fille.
Éléonore baissa la tête.
— Elle a été la première personne à comprendre que le Cercle était mauvais.
Ma mère reprit :
— Lorsque ton père a voulu partir, Henri a découvert notre projet.
Henri intervint :
— Parce que j'avais placé des hommes partout.
Ma mère le regarda.
— Tu nous surveillais.
— Évidemment.
— Et tu as ordonné leur mort.
Henri sourit.
— J'ai ordonné la mort de ton père.
Il me regarda.
— Pas la tienne.
Je sentis un frisson.
— Pourquoi ?
— Parce que tu étais utile.
Je reculai.
— Utile à quoi ?
Henri répondit :
— Le Cercle avait besoin d'un héritier légal.
Je ne comprenais pas.
— Quel héritier ?
Il sourit.
— Toi.
Ma mère descendit la dernière marche.
— Henri voulait utiliser ton identité pour récupérer certains comptes gelés.
— Pourquoi moi ?
— Parce que ton père avait placé une partie de la fortune du Cercle à ton nom.
Je regardai mon père.
— Tu as fait ça ?
— Oui.
— Combien ?
Il hésita.
— Environ quatre milliards d'euros.
Je restai sans voix.
— Quatre milliards ?
Mathieu murmura :
— C'est une partie seulement.
Je regardai ma mère.
— Alors tout cela était pour l'argent ?
Elle secoua la tête.
— Non.
— Alors quoi ?
— Pour le registre.
Elle désigna le coffre.
— Le registre contient les preuves capables de faire tomber le Cercle.
Je regardai les dossiers.
— Alors pourquoi Henri le veut-il ?
— Parce qu'il contient les noms de ses alliés.
Henri sourit.
— Et parce qu'il contient quelque chose de beaucoup plus important.
Il pointa le coffre.
— Une liste de comptes secrets.
Ma mère se tourna vers lui.
— Tu ne l'auras jamais.
Henri sortit lentement une arme.
— Alors nous avons un problème.
Mathieu leva immédiatement la sienne.
— Pose ton arme.
Henri rit.
— Vous êtes quatre contre moi.
Puis il claqua des doigts.
Des hommes apparurent derrière lui.
Je comptai rapidement.
Six.
Puis huit.
Nous étions encerclés.
Éléonore s'avança.
— Tu avais promis de les laisser partir.
Henri la regarda.
— J'ai menti.
Éléonore serra les poings.
— Comme toujours.
— Tu savais que cela finirait ainsi.
— Je pensais que tu avais changé.
— Je n'ai jamais changé.
Il regarda ma mère.
— C'est elle qui a changé.
Ma mère répondit :
— J'ai choisi ma famille.
Henri sourit.
— Trop tard.
Un homme s'approcha du coffre.
— Monsieur, nous avons trouvé le registre.
Henri s'avança.
— Ouvrez-le.
L'homme tenta de soulever le couvercle.
Mais il resta bloqué.
— Il y a un verrou secondaire.
Henri regarda ma mère.
— La clé.
Elle ne répondit pas.
— Donne-moi la clé.
Silence.
Henri leva son arme.
— Je ne veux pas te faire de mal.
Ma mère sourit.
— Tu as déjà essayé.
Henri pointa son arme vers elle.
Je m'interposai.
— Attendez.
Tout le monde se tourna vers moi.
Je regardai Henri.
— Vous voulez le registre ?
— Oui.
— Alors laissez-les partir.
Il réfléchit.
— Pourquoi ferais-je cela ?
— Parce que le registre ne s'ouvrira pas sans moi.
Henri fronça les sourcils.
Ma mère me regarda.
Elle comprit immédiatement.
Je mentais.
Je n'avais aucune idée si c'était vrai.
Mais Henri ne le savait pas.
— Pourquoi toi ?
Je montrai le pendentif.
— Parce que mon père a créé un système biométrique.
Henri hésita.
Puis il s'approcha.
— Ouvre-le.
Je pris le pendentif.
— Laissez-les partir.
— Non.
— Alors vous n'aurez rien.
Henri me fixa longuement.
Puis il fit signe à ses hommes.
— Emmenez Mathieu et Éléonore.
Deux hommes les attrapèrent.
— Clara ! cria Éléonore.
Je ne bougeai pas.
Mathieu me regarda.
Il comprit.
Je tentais de gagner du temps.
Les hommes commencèrent à les emmener.
Soudain...
BANG !
Une lumière rouge clignota.
Toutes les portes de la pièce se verrouillèrent.
Henri se retourna.
— Qu'est-ce que c'est ?
Ma mère sourit.
— Le système de sécurité.
Henri se précipita vers la sortie.
Trop tard.
Les portes étaient bloquées.
Une alarme retentit.
Puis une voix mécanique résonna :
« PROTOCOLE DE DESTRUCTION ACTIVÉ. »
Henri pâlit.
— Qu'avez-vous fait ?
Ma mère regarda le coffre.
— Ce que ton père avait prévu.
Je me tournai vers elle.
— Quoi ?
— Le registre va être détruit.
Henri cria :
— NON !
Un compte à rebours apparut sur un petit écran.
00:59
00:58
00:57
Henri se précipita vers le coffre.
— Ouvrez-le !
Ses hommes frappèrent le métal.
Impossible.
Je regardai ma mère.
— Comment l'arrêter ?
Elle me répondit :
— Une seule personne peut le faire.
Je regardai le pendentif.
— Moi.
Elle acquiesça.
— Oui.
Le compteur affichait :
00:41
Je m'approchai du coffre.
Mais lorsque je posai le pendentif contre le mécanisme...
rien ne se produisit.
00:35
— Pourquoi ça ne marche pas ?
Ma mère me regarda.
Puis elle murmura :
— Parce qu'il manque quelque chose.
— Quoi ?
Elle regarda mon père.
— Son sang.
Je me tournai vers lui.
— Quoi ?
Mon père s'approcha du coffre.
— Ton père a conçu le système pour qu'il ne puisse être ouvert qu'avec deux personnes.
— Toi et moi ?
— Oui.
Il posa sa main sur le lecteur.
Une lumière rouge apparut.
Puis verte.
00:20
Le coffre s'ouvrit.
Mais à l'intérieur...
il n'y avait aucun registre.
Seulement une enveloppe.
Mon nom était inscrit dessus.
CLARA.
Je l'ouvris.
À l'intérieur se trouvait une seule feuille.
Je lus les premières lignes.
Puis mon visage se vida de toute couleur.
Parce que la dernière phrase disait :
« Si tu lis ceci, c'est que ta mère t'a menti sur la raison de ma disparition. »
Je levai les yeux vers elle.
— Maman...
Elle pleurait désormais.
— Je suis désolée.
Je retournai la feuille.
Au dos figurait une photographie.
Mon père.
Ma mère.
Éléonore.
Et moi, bébé.
Mais derrière nous se tenait un cinquième personnage.
Un homme que je n'avais jamais vu.
Sauf...
sur une photographie retrouvée dans le premier dossier.
Je murmurai :
— Qui est cet homme ?
Ma mère ferma les yeux.
Henri recula.
Et pour la première fois depuis que je l'avais rencontré...
Henri avait peur.
Il murmura :
— Non...
Je regardai ma mère.
— Qui est-il ?
Elle répondit d'une voix presque inaudible :
— Le véritable fondateur du Cercle.
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Puis elle ajouta :
— Et il est ton grand-père.