CHAPITRE 7 — LA MAISON DE MON ENFANCE

CHAPITRE 7 — LA MAISON DE MON ENFANCE
La pluie tombait lorsque j'arrivai devant l'ancienne villa.
Je reconnus immédiatement les grilles.
Les pierres.
Le vieux portail en fer.
Même le grand marronnier derrière la maison.
Je n'avais pas vu cet endroit depuis vingt ans.
Et pourtant, mon corps s'en souvenait.
Je me souvenais de la balançoire.
D'une petite chambre aux murs jaunes.
D'une voix de femme qui chantait dans la cuisine.
Et surtout...
d'une petite fille qui me tenait la main.
Éléonore.
Je restai devant la grille.
Un souvenir me traversa soudain l'esprit.
Nous étions assises dans l'herbe.
Elle avait une poupée.
Moi, un petit ours en peluche.
Elle m'avait dit :
— Quand on sera grandes, on vivra toujours ensemble.
Je lui avais répondu :
— Promis.
Puis le souvenir changea.
Une porte qui claquait.
Des cris.
Ma mère qui pleurait.
Un homme qui criait :
— Prenez l'enfant !
Puis...
le feu.
Je reculai.
Je n'avais jamais compris pourquoi ce souvenir me revenait par fragments.
Maintenant, je savais.
Quelqu'un avait volontairement effacé cette partie de ma mémoire.
La porte de la villa était ouverte.
Je poussai lentement.
— Éléonore ?
Aucune réponse.
J'entrai.
L'intérieur était presque intact.
Les meubles avaient été recouverts de draps blancs.
Une odeur de poussière flottait dans l'air.
Puis une lumière s'alluma à l'étage.
Je levai les yeux.
Une silhouette apparut.
Éléonore.
Elle descendit lentement l'escalier.
Elle ne portait plus sa robe noire.
Seulement une simple robe blanche.
Elle semblait presque fragile.
— Tu es venue.
Je ne répondis pas.
— Je savais que tu viendrais.
— Où est ma mère ?
Elle sourit tristement.
— Toujours aussi directe.
— Où est-elle ?
— Vivante.
Je serrai les poings.
— Je veux la voir.
— Tu la verras.
— Maintenant.
Éléonore descendit les dernières marches.
— Avant cela, tu dois comprendre quelque chose.
— Je n'ai plus envie de comprendre.
— Pourtant, tu dois.
Elle s'arrêta devant moi.
— Parce que tout ce que Victor t'a raconté est incomplet.
Je secouai la tête.
— Il m'a sauvée.
— Oui.
— Il a sauvé mon père.
— Oui.
— Il a essayé de protéger ma mère.
Éléonore détourna les yeux.
— Oui.
— Alors pourquoi devrais-je te croire ?
Elle murmura :
— Parce que j'ai passé vingt-cinq ans à te protéger.
Je restai immobile.
— Me protéger ?
Elle hocha la tête.
— Oui.
— Tu as essayé de me tuer.
— Jamais.
— Tu as essayé de tuer Victor.
— Oui.
— Pourquoi ?
Elle leva les yeux vers moi.
— Parce que Victor voulait te tuer.
Je reculai.
— Mensonge.
— Je savais que tu ne me croirais pas.
Elle sortit une enveloppe.
— Regarde.
Je l'ouvris.
À l'intérieur se trouvait une série de documents.
Des ordres de surveillance.
Des photographies.
Mon enfance.
Mon école.
Mon premier emploi.
Chaque étape de ma vie.
Et sur plusieurs documents...
la signature de Victor.
Je relevai les yeux.
— Ce sont des faux.
Éléonore secoua la tête.
— Regarde la dernière page.
Je tournai.
Une autorisation officielle.
« Sujet : Clara Martin. Surveillance permanente. Élimination autorisée en cas de découverte du registre. »
Signature :
Victor de Rochefort.
Mon cœur se serra.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il avait peur que tu trouves le registre avant lui.
Je secouai la tête.
— Non.
Éléonore s'approcha.
— Tu veux savoir pourquoi je t'ai laissée vivre ?
Je ne répondis pas.
— Parce que tu es ma sœur.
Elle avait les larmes aux yeux.
— Et malgré tout ce qu'on m'avait appris...
Sa voix trembla.
— ...je n'ai jamais réussi à te détester.
Un bruit retentit derrière moi.
Je me retournai.
Mathieu venait d'entrer.
— Clara !
Éléonore recula.
Mathieu leva son arme.
— Éloigne-toi d'elle.
Elle sourit.
— Toujours le héros.
— Où est Henri ?
Son visage changea.
— Je ne sais pas.
— Mensonge.
— Je ne travaille plus pour lui.
Mathieu hésita.
Je regardai Éléonore.
— Alors pourquoi m'avoir fait venir ici ?
Elle répondit :
— Parce que ta mère est ici.
Je me figeai.
— Quoi ?
Elle désigna une porte au fond du salon.
— Derrière cette porte.
Je courus.
J'ouvris.
Une petite pièce.
Un lit.
Une femme assise près de la fenêtre.
Ses cheveux avaient blanchi.
Mais je reconnus son visage.
Je lâchai la poignée.
— Maman...
Elle se retourna.
Ses yeux s'écarquillèrent.
— Clara ?
Je me précipitai vers elle.
Elle me prit dans ses bras.
Je pleurais.
Elle aussi.
— Je pensais que tu étais morte.
— Je suis désolée.
— Pourquoi ?
Elle caressa mes cheveux.
— Parce que je voulais revenir.
— Alors pourquoi ne l'as-tu pas fait ?
Elle regarda Éléonore.
— Parce qu'elle m'a sauvée.
Je me retournai.
— Quoi ?
Ma mère hocha la tête.
— Éléonore m'a cachée pendant toutes ces années.
Je regardai ma sœur.
— Pourquoi ?
Elle répondit :
— Parce qu'Henri voulait te retrouver.
Ma mère prit ma main.
— Ton père avait caché le registre.
— Où ?
Elle me regarda.
— Il ne l'a pas caché.
Je fronçai les sourcils.
— Quoi ?
— Il l'a donné à quelqu'un.
— À qui ?
Ma mère inspira.
— À toi.
Le silence tomba.
— Mais j'étais un bébé.
— Oui.
— Comment ?
Elle désigna mon cou.
Je touchai instinctivement le petit pendentif que je portais depuis mon enfance.
— Papa me l'a donné ?
Elle acquiesça.
— Ce pendentif contient la clé du registre.
Je retirai le pendentif.
Mathieu s'approcha.
— C'est impossible.
Ma mère secoua la tête.
— Non.
Éléonore murmura :
— C'est pour cela qu'ils ont passé vingt-cinq ans à la chercher.
Je regardai le pendentif.
Puis ma mère.
— Pourquoi ne m'avoir jamais dit ?
Elle répondit :
— Parce que ton père m'avait fait promettre de ne rien révéler avant ton vingt-cinquième anniversaire.
Je regardai l'horloge.
Il était presque minuit.
Ma mère sourit tristement.
— Et demain...
Elle marqua une pause.
— Tu auras vingt-cinq ans.
Soudain, toutes les lumières de la villa s'éteignirent.
Mathieu sortit son arme.
— Nous avons de la compagnie.
Un bruit de voitures retentit dehors.
Puis des pas.
Beaucoup de pas.
Éléonore se plaça devant moi.
— Ils sont venus chercher le pendentif.
Mathieu regarda les fenêtres.
— Combien ?
Éléonore répondit :
— Suffisamment pour nous tuer tous.
Puis une voix retentit dans la maison.
Calme.
Froide.
Terriblement familière.
— Clara.
Je me figeai.
La voix continua :
— Tu voulais connaître la vérité sur ton père ?
Une silhouette apparut dans l'embrasure de la porte.
Je le reconnus immédiatement.
L'homme que je croyais mort.
L'homme que je n'avais pas vu depuis mon enfance.
Mon père.
Il me regarda.
Puis il dit :
— Je ne suis pas celui que tu crois.
Et derrière lui...
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se tenait Henri Delatour.
À suivre…