CHAPITRE 3 — LE FRÈRE QUE VICTOR AVAIT CACHÉ

CHAPITRE 3 — LE FRÈRE QUE VICTOR AVAIT CACHÉ
La porte métallique se referma derrière Mathieu.
Clac.
Le bruit résonna dans le garage vide.
Je reculai instinctivement.
La clé à molette était toujours dans ma main.
Mathieu le remarqua.
— Vous comptez vraiment m'attaquer avec ça ?
— Si vous vous approchez, oui.
Il sourit.
— Voilà pourquoi Victor vous appréciait.
Je fronçai les sourcils.
— Vous connaissiez mon nom avant ce soir.
— Je connais beaucoup de choses sur vous.
— Alors dites-moi pourquoi vous êtes ici.
Mathieu avança lentement.
— Parce que mon frère vous a choisie.
— Pour quoi ?
— Pour découvrir la vérité.
Je serrai la clé.
— Quelle vérité ?
Il regarda la voiture blindée.
— Celle qui a failli lui coûter la vie.
Je ne répondis pas.
Mathieu soupira.
— Vous pensez que Victor a été empoisonné ?
— Je ne sais pas.
— Il l'a été.
Mon cœur se serra.
— Par Éléonore ?
Mathieu secoua la tête.
— Non.
— Alors par qui ?
Il me regarda droit dans les yeux.
— Par moi.
Je reculai.
— Quoi ?
Mathieu leva les mains.
— Pas comme vous le pensez.
— Vous venez de dire que vous l'avez empoisonné !
— Parce que c'est la seule manière que j'avais de le maintenir en vie.
Je restai silencieuse.
— Expliquez.
Mathieu s'approcha de la voiture.
— Victor avait découvert un réseau qui voulait prendre le contrôle de toutes ses entreprises.
— Aurora ?
Il me regarda avec surprise.
— Vous connaissez ce nom.
— J'ai vu le nom dans ses documents.
Mathieu hocha lentement la tête.
— Alors vous êtes déjà beaucoup plus impliquée que vous ne le pensez.
Il ouvrit le capot de la voiture.
— Il y a trois mois, Victor a compris que quelqu'un dans sa propre famille travaillait pour ce réseau.
— Éléonore.
— Oui.
— Pourquoi ne l'a-t-il pas dénoncée ?
— Parce qu'il ne savait pas jusqu'où elle était impliquée.
Mathieu se tourna vers moi.
— Il savait seulement qu'elle avait accès à ses médicaments.
Je compris.
— Le poison.
— Exactement.
— Alors pourquoi l'avez-vous empoisonné vous-même ?
Mathieu sortit une petite fiole de sa poche.
— Ce n'était pas un poison.
Je regardai le liquide.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Un produit qui ralentit considérablement le rythme cardiaque.
Je compris soudain.
— Vous l'avez fait passer pour mort.
— Oui.
— Pour qu'Éléonore pense qu'elle avait réussi.
— Oui.
Je reculai.
— Mais pourquoi le cercueil ?
Mathieu répondit :
— Parce qu'il fallait qu'elle soit convaincue.
Je pensai à la cérémonie.
Aux fleurs.
Aux invités.
À la façon dont Éléonore avait regardé le cercueil.
— Elle savait qu'il n'était pas mort.
Mathieu acquiesça.
— Elle avait des doutes.
— Et vous ?
— Je savais que quelqu'un essaierait de vérifier.
— Alors pourquoi m'avez-vous laissée ouvrir le cercueil ?
Mathieu sourit.
— Parce que Victor comptait sur vous.
Je fronçai les sourcils.
— Il savait que je viendrais ?
— Il vous avait observée pendant des semaines.
Je fus choquée.
— Il m'observait ?
— Il savait que vous étiez honnête.
— Comment ?
Mathieu répondit :
— Parce que vous avez refusé de lui facturer une réparation que vous estimiez trop chère.
Je me souvenais.
Trois mois auparavant, j'avais effectivement refusé une somme énorme.
Victor m'avait proposé dix fois le prix habituel.
J'avais refusé.
— Il m'a testée.
— Oui.
Je posai la clé à molette.
— Alors pourquoi moi ?
Mathieu devint sérieux.
— Parce que Victor ne faisait confiance à personne dans son entourage.
— Même pas à vous ?
Il hésita.
— Surtout pas à moi.
Je le regardai.
— Pourquoi ?
Il s'approcha.
— Parce que j'ai passé quinze ans à essayer de détruire son empire.
Je restai bouche bée.
— Vous êtes son ennemi.
— J'étais son ennemi.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je veux le sauver.
Il sortit une photographie.
Je la pris.
On y voyait deux jeunes hommes.
Victor et Mathieu.
Ils devaient avoir une vingtaine d'années.
Derrière eux se trouvait un troisième homme.
Je reconnus immédiatement le visage.
— Le policier.
Mathieu acquiesça.
— Lieutenant Antoine Mercier.
Je levai les yeux.
— Il travaillait avec vous ?
— Non.
— Alors avec qui ?
Mathieu répondit :
— Avec notre père.
Je fronçai les sourcils.
— Votre père est mort depuis longtemps.
— C'est ce que tout le monde croit.
Un silence lourd s'installa.
— Qu'est-ce que vous êtes en train de me dire ?
Mathieu regarda la photo.
— Notre père n'est pas mort.
Je secouai la tête.
— Impossible.
— Il a disparu il y a vingt-deux ans.
— Vous venez de dire qu'il n'est pas mort.
— Il vit sous une autre identité.
Je reculai.
— Qui est-il ?
Mathieu me regarda.
— Le président du conseil d'administration de Rochefort Industries.
Je cessai de respirer.
— Mais c'est impossible.
— Pourquoi ?
— Parce que cette personne est...
Je m'arrêtai.
Je venais de comprendre.
Le visage qui apparaissait chaque année dans les journaux.
L'homme qui contrôlait les investissements de la famille.
Celui que Victor critiquait constamment en privé.
— Henri Delatour.
Mathieu hocha la tête.
— Notre père.
Je regardai la photographie.
— Alors Victor savait.
— Oui.
— Et il a essayé de le dénoncer ?
— Oui.
— Et Éléonore ?
Mathieu ne répondit pas.
— Mathieu...
Il soupira.
— Éléonore n'est pas seulement sa femme.
— Qu'est-ce qu'elle est ?
Il répondit :
— Sa fille.
Je sentis mon sang se glacer.
— Quoi ?
— Éléonore est la fille biologique d'Henri Delatour.
Tout s'emboîtait.
Le mariage.
L'argent.
Les entreprises.
Le contrôle des comptes.
Mais une question restait.
— Pourquoi Victor l'a-t-il épousée ?
Mathieu regarda le sol.
— Parce qu'il l'aimait.
Je secouai la tête.
— Et elle ?
— Elle l'aimait aussi.
— Alors pourquoi le tuer ?
Mathieu répondit :
— Parce qu'elle a découvert ce que son père préparait.
— Quoi ?
— Henri ne voulait pas simplement voler les entreprises de Victor.
Il se pencha vers moi.
— Il voulait provoquer son effondrement.
— Pour récupérer tout son empire.
— Oui.
Je réfléchis.
— Mais pourquoi Victor m'a-t-il donné la clé ?
Mathieu devint soudain très sérieux.
— Parce que la clé ne contient pas seulement des preuves.
Il pointa ma poche.
— Elle contient une liste.
— Quelle liste ?
— Les noms de toutes les personnes qui travaillent pour Henri.
Je sortis lentement la clé USB.
— Combien ?
Mathieu répondit :
— Soixante-trois.
Puis il ajouta :
— Dont au moins cinq policiers.
Je pensai au lieutenant Mercier.
Mon cœur se serra.
— Il sait où je suis.
— Oui.
Comme pour confirmer ses paroles, mon téléphone vibra.
Un message.
« Ne faites pas confiance à Mathieu. »
Puis un deuxième.
« Il vous ment. »
Mathieu regarda l'écran.
Son visage changea.
— Éteignez-le.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il sait que nous sommes ensemble.
— Qui ?
Mathieu murmura :
— Henri.
Soudain, des phares apparurent derrière les fenêtres du garage.
Une voiture.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Mathieu regarda l'entrée.
— Ils nous ont trouvés.
Je saisis ma clé à molette.
— Combien sont-ils ?
Il vérifia son arme.
— Suffisamment.
Puis il me regarda.
— Il y a une sortie derrière la voiture.
— Et vous ?
— Je vais les retenir.
— Non.
— Clara...
— Vous m'avez dit que Victor me faisait confiance.
Je pris une profonde inspiration.
— Alors je ne vais pas vous laisser mourir ici.
Mathieu eut un sourire.
— Maintenant, je comprends pourquoi mon frère vous a choisie.
La porte du garage commença à trembler.
BOUM !
Puis une voix résonna de l'autre côté.
— Mathieu ! Ouvre cette porte !
Mathieu pâlit.
Je reconnus la voix.
C'était celle du policier qui m'avait interrogée.
Antoine Mercier.
Il cria :
— Nous savons que vous avez la clé !
Mathieu regarda ma main.
Puis il murmura :
— Trop tard.
La porte vola en éclats.
Et derrière les hommes armés...
se tenait Éléonore de Rochefort.
Elle nous regardait avec un sourire glacial.
— Clara...
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Elle leva lentement son arme.
— Vous auriez vraiment dû laisser mon mari mourir.