CHAPITRE 5 — L'HOMME QUE JE CROYAIS MORT

CHAPITRE 5 — L'HOMME QUE JE CROYAIS MORT
La voiture noire se rapprochait.
Puis une deuxième apparut à notre gauche.
Mathieu serra le volant.
— Ils veulent nous pousser vers l'autoroute.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il n'y aura presque aucune sortie.
Je regardai derrière nous.
Les phares se rapprochaient.
— Alors ne prends pas l'autoroute.
Mathieu me lança un regard.
— Tu as une meilleure idée ?
Je pointai une petite rue.
— Là.
— C'est une impasse.
— Non. C'était une ancienne zone industrielle. Il y a un passage sous les voies.
Mathieu hésita.
Puis il tourna brutalement.
La voiture dérapa sur la chaussée mouillée.
Un véhicule noir nous suivit.
Un autre passa devant nous.
— Ils ferment la route !
Mathieu accéléra.
Nous entrâmes dans la zone industrielle.
Des bâtiments abandonnés défilaient de chaque côté.
Soudain, un coup retentit.
BANG !
La vitre arrière explosa.
Je me baissai.
— Ils tirent !
Mathieu continua à conduire.
— Ne te relève pas !
Un deuxième coup frappa la carrosserie.
Puis un troisième.
Nous arrivâmes devant un portail rouillé.
Mathieu freina.
— Descends !
Nous sortîmes de la voiture et courûmes jusqu'à un bâtiment abandonné.
Mathieu força une porte.
Nous entrâmes.
Il referma derrière nous.
— Ils ne nous verront pas ici.
Je repris mon souffle.
— Tu savais que mon père travaillait pour le Cercle ?
— Pas au début.
— Quand l'as-tu découvert ?
— Victor me l'a dit il y a deux semaines.
Je le regardai.
— Et tu ne m'as rien dit.
— Parce que je ne savais pas si je pouvais te faire confiance.
Je fronçai les sourcils.
— Tu viens de me dire que Victor me faisait confiance.
— Oui.
— Alors pourquoi pas toi ?
Il baissa les yeux.
— Parce que j'ai passé ma vie à trahir les gens.
Cette réponse me surprit.
— Pourquoi ?
Mathieu resta silencieux.
Puis il s'assit.
— Parce que mon père m'a appris que dans notre famille, la loyauté était une faiblesse.
Je m'assis en face de lui.
— Et Victor ?
— Victor était différent.
— Il l'aimait ?
Mathieu sourit tristement.
— Il a essayé de me sauver.
— De quoi ?
— De notre père.
Un bruit retentit à l'extérieur.
Nous nous tûmes.
Des pas.
Lents.
Puis une voix.
— Mathieu...
Nous nous regardâmes.
La voix continua :
— Nous savons que vous êtes ici.
Je reconnus cette voix.
Mercier.
Il était vivant.
Mathieu sortit son arme.
— Ils vont entrer.
— Il y a une autre sortie ?
— Oui.
Il désigna une porte au fond.
Nous courûmes.
Le passage souterrain était étroit.
Nous avancions dans l'obscurité.
Soudain, Mathieu s'arrêta.
— Attends.
— Quoi ?
Il regardait le mur.
— Ce symbole...
Je m'approchai.
Un cercle traversé par une ligne verticale.
Le symbole du Cercle.
Mathieu posa sa main dessus.
Une porte secrète s'ouvrit.
Je le regardai.
— Comment savais-tu ?
— Je ne savais pas.
Derrière la porte se trouvait une petite pièce.
Une table.
Un ordinateur.
Et plusieurs dossiers.
Sur le mur, une photographie.
Je m'approchai.
Mon cœur s'arrêta.
C'était mon père.
Mais il n'était pas seul.
À côté de lui se tenait Victor.
Et entre eux...
une femme.
Ma mère.
Je reculai.
— Ma mère connaissait Victor.
Mathieu acquiesça.
— Oui.
— Depuis combien de temps ?
— Depuis avant ta naissance.
Je regardai les dossiers.
L'un d'eux portait mon nom.
CLARA MARTIN — DOSSIER 27.
Je l'ouvris.
Ma date de naissance.
Mon école.
Mes adresses.
Mes habitudes.
Mes emplois.
Tout.
Puis une phrase attira mon attention :
« Sujet à protéger jusqu'à son vingt-cinquième anniversaire. »
Je murmurai :
— Pourquoi vingt-cinq ans ?
Mathieu regarda le document.
— Parce qu'à vingt-cinq ans, tu devais recevoir quelque chose.
— Quoi ?
Il tourna la page.
Il y avait une photographie.
Une vieille maison.
Puis une adresse.
— C'est quoi ?
Mathieu répondit :
— L'endroit où ton père a caché les comptes du Cercle.
Je le regardai.
— Tu es sûr ?
— Oui.
— Comment ?
— Parce que Victor cherchait cette maison depuis vingt ans.
Soudain, l'ordinateur s'alluma.
Une vidéo apparut.
L'image était ancienne.
Mon père était assis devant une caméra.
Il semblait plus jeune.
Peut-être trente-cinq ans.
Il regarda directement l'objectif.
Puis il parla.
— Clara, si tu regardes cette vidéo, cela signifie que Victor a échoué à te protéger.
Je cessai de respirer.
— Ton père n'est pas mort.
Une larme coula sur ma joue.
— Il est vivant.
L'image changea.
Mon père se leva.
Derrière lui apparut une porte.
— Mais tu ne dois surtout pas essayer de le retrouver.
La vidéo continua.
— Parce qu'il est actuellement infiltré dans le Cercle.
Je regardai Mathieu.
— Mon père est un agent infiltré ?
Il acquiesça lentement.
La voix de mon père reprit :
— Henri Delatour croit que je travaille encore pour lui.
Puis il marqua une pause.
— Mais je travaille pour Victor.
Je sentis un frisson parcourir mon corps.
Mon père avait donc passé plus de vingt ans à jouer un double jeu.
La vidéo continua :
— Clara, si quelque chose arrive à Victor...
L'image trembla.
— ...tu dois trouver le coffre sous l'ancienne chapelle.
Puis mon père regarda directement la caméra.
Son visage changea.
Il semblait terrifié.
— Et surtout...
Il se pencha vers l'objectif.
— Ne fais jamais confiance à Éléonore.
La vidéo s'arrêta.
Je restai immobile.
Mathieu murmura :
— Maintenant, tu comprends pourquoi Victor t'a choisie.
Je secouai la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il y a quelque chose que vous ne m'avez pas dit.
Mathieu me regarda.
— Quoi ?
Je lui montrai le dossier.
Sous ma photographie se trouvait une seconde feuille.
Un nom.
ÉLÉONORE DE ROCHEFORT.
Et une date.
La date de ma naissance.
Je relevai lentement les yeux.
— Elle était là le jour où je suis née.
Mathieu pâlit.
— Ce n'est pas possible.
— Alors explique-moi pourquoi son nom figure dans mon dossier.
Il ne répondit pas.
À cet instant, un bruit de pas retentit dans le tunnel.
Puis une voix.
— Parce qu'Éléonore est ta sœur.
Je me retournai.
Mathieu avait sorti son arme.
Une silhouette apparut dans l'encadrement de la porte.
Je reconnus immédiatement son visage.
Victor de Rochefort.
Mais il était pâle, encore affaibli.
Il nous regarda.
Puis il dit :
— Et maintenant, Clara, il est temps que tu connaisses toute la vérité.
Il fit un pas vers moi.
— Éléonore n'a jamais voulu tuer mon mari.
Il s'arrêta.
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— Elle voulait tuer ton père.
À suivre…