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CHAPITRE 17 — LE SECRET DE MON FRÈRE

CHAPITRE 17 — LE SECRET DE MON FRÈRE

Je regardais Gabriel sans parvenir à détourner les yeux.

— Est-ce que tu m'as menti ?

Il resta silencieux.

Autour de nous, les journalistes continuaient de parler, les policiers entraient et sortaient du palais de justice, mais je n'entendais plus rien.

Il n'y avait plus que lui.

Mon frère.

L'homme que je venais de retrouver après vingt-cinq ans.

Et son silence.

— Gabriel ?

Il finit par répondre :

— Oui.

Mon cœur se serra.

— Sur quoi ?

Il regarda notre mère.

— Je ne peux pas te le dire ici.

— Alors où ?

— Dans un endroit où personne ne peut nous écouter.

Je secouai la tête.

— J'en ai assez des secrets.

— Je sais.

— Alors parle.

Il prit une profonde inspiration.

— Je n'ai jamais été simplement un infiltré du Cercle.

Je fronçai les sourcils.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

Il baissa les yeux.

— J'ai été formé par eux.

— Pour faire quoi ?

— Pour prendre leur place.

Je reculai.

— Tu voulais diriger le Cercle ?

— Au début, oui.

Cette réponse me bouleversa.

— Et maintenant ?

Il me regarda.

— Maintenant, je veux le détruire.

Je ne savais plus quoi croire.

Ma mère intervint :

— Gabriel a été conditionné pendant des années.

— Conditionné ?

— On lui a appris à obéir. À manipuler. À mentir.

Gabriel ajouta :

— Mais ils ont fait une erreur.

— Laquelle ?

— Ils m'ont laissé rencontrer ton père.

Je regardai mon père.

Il sourit tristement.

— Je lui ai appris qu'on pouvait choisir sa propre vie.


Nous nous réfugiâmes dans une petite salle sécurisée.

Gabriel ferma la porte.

— Il y a quelque chose que tu dois savoir.

Il sortit un dossier.

— Quand j'avais dix-huit ans, Henri m'a envoyé à Londres.

— Pourquoi ?

— Pour récupérer une liste de comptes.

— Et tu l'as récupérée ?

— Oui.

— Alors pourquoi n'es-tu pas revenu ?

Il me regarda.

— Parce que j'ai découvert quelque chose.

— Quoi ?

Il ouvrit le dossier.

Une photographie apparut.

Un groupe d'hommes.

Parmi eux...

le juge Delacroix.

Henri.

Gabriel.

Et...

mon père.

Je fixai la photo.

— Papa était avec eux.

Mon père ne répondit pas.

— Tu travaillais encore pour le Cercle ?

Il acquiesça.

— Oui.

Je me tournai vers lui.

— Tu m'avais dit que tu avais quitté le Cercle avant ma naissance.

— Je t'ai menti.

Je sentis les larmes monter.

— Pourquoi ?

— Parce que je voulais que tu me considères comme ton père, pas comme l'homme que j'avais été.

Je regardai la photographie.

— Et le juge ?

Gabriel répondit :

— Il était responsable de la protection juridique du Cercle.

— Il l'est toujours ?

— Oui.

— Alors pourquoi personne ne l'a arrêté ?

Gabriel sourit amèrement.

— Parce qu'il contrôle les juges qui doivent l'arrêter.


Soudain, la porte s'ouvrit.

Un policier entra.

— Madame Martin ?

— Oui ?

— Nous avons un problème.

— Lequel ?

Il regarda Gabriel.

— Le juge Delacroix vient d'émettre un mandat contre vous.

Je restai stupéfaite.

— Quel mandat ?

— Arrestation pour meurtre, fraude et association criminelle.

Je compris immédiatement.

— Il essaie de me faire taire.

Le policier acquiesça.

— Vous devez quitter les lieux immédiatement.

Mon père se leva.

— Nous partons.

Mais avant que nous puissions sortir...

des sirènes retentirent.

Des hommes armés entraient dans le bâtiment.

Gabriel regarda par la fenêtre.

— Ils sont venus nous chercher.

Ma mère demanda :

— Combien ?

— Trop.

Je pris le registre.

— Alors nous sortons par les archives.

Nous courûmes dans le couloir.

Des coups de feu éclatèrent derrière nous.

Les policiers ripostèrent.

Nous atteignîmes une porte.

Gabriel la força.

Nous entrâmes dans une immense salle remplie de dossiers.

— Par ici !

Nous suivîmes un passage étroit.

Puis une porte métallique.

Gabriel l'ouvrit.

Un tunnel.

— Où mène-t-il ?

— Sous le palais.

Nous descendîmes.


Après plusieurs minutes, nous arrivâmes dans une ancienne salle souterraine.

Une seule lampe était allumée.

Et quelqu'un nous attendait.

Le juge Delacroix.

Je sortis mon arme.

— Vous.

Il sourit.

— Clara.

— Vous êtes responsable de tout ça.

— De beaucoup de choses.

— Vous avez travaillé avec Henri.

— Oui.

— Avec Gabriel.

— Oui.

— Avec mon grand-père.

— Oui.

— Alors pourquoi ne vous ont-ils jamais arrêté ?

Il sourit.

— Parce que je suis celui qui les a protégés.

Je m'approchai.

— Pourquoi ?

Il répondit :

— Parce que le Cercle n'était pas une organisation criminelle à l'origine.

— Je sais.

— Non.

Il secoua la tête.

— Tu ne sais rien.

Il désigna le registre.

— Ton grand-père n'en était pas le véritable fondateur.

Je fronçai les sourcils.

— Alors qui ?

Il me regarda.

Ton arrière-grand-père.

Je restai silencieuse.

— Et le Cercle existe depuis combien de temps ?

— Cent trente ans.

— Pourquoi ?

— Pour protéger une fortune familiale.

Je demandai :

— Quelle fortune ?

Le juge sourit.

— Celle qui est aujourd'hui à ton nom.

Je sentis un frisson.

— Combien ?

Il répondit :

— Plus de douze milliards d'euros.

Je restai sans voix.

— Tout cela m'appartient ?

— Juridiquement.

— Alors pourquoi le Cercle veut-il me tuer ?

Il répondit :

— Parce qu'à vingt-cinq ans, tu obtiens le contrôle légal de cette fortune.

Je compris enfin.

Mon anniversaire.

Le registre.

Le pendentif.

Les mensonges.

Tout était lié.


Le juge s'approcha.

— Mais il y a une clause.

— Laquelle ?

— Si tu refuses de prendre le contrôle du Cercle...

Il marqua une pause.

— ...l'argent sera transféré à une fondation qui finance leurs opérations.

Je regardai ma mère.

— Tu savais ?

Elle secoua la tête.

— Non.

Mon père non plus.

Gabriel murmura :

— C'est pour cela qu'ils veulent que tu signes.

Le juge sortit un document.

— Signe.

— Non.

— Si tu refuses, ton père sera arrêté.

— Il est innocent.

— Je peux fabriquer les preuves.

Je le regardai.

— Vous êtes un monstre.

Il sourit.

— Je suis un juge.


Puis il sortit une deuxième feuille.

— Mais il existe une autre solution.

— Laquelle ?

— Tu peux prendre le contrôle du Cercle.

Je secouai la tête.

— Jamais.

— Alors ton frère mourra.

Gabriel se figea.

— Quoi ?

Le juge sourit.

— Ils l'ont déjà condamné.

Je regardai mon frère.

— De quoi parle-t-il ?

Gabriel baissa les yeux.

— Ils ont placé une bombe dans ma voiture.

Je sentis mon cœur s'arrêter.

— Quand ?

— Avant notre arrivée.

— Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

— Parce que je ne voulais pas que tu paniques.

Le juge regarda sa montre.

— Il reste six minutes.

Je compris.

Nous devions trouver la voiture.

Mais Gabriel me prit la main.

— Clara...

— Quoi ?

— S'ils veulent me tuer, laisse-les.

— Non.

— Écoute-moi.

Il me fixa.

— Tu dois sauver maman et papa.

Je secouai la tête.

— Nous sommes une famille.

Il sourit.

— Pour la première fois.

Puis il me tendit une clé.

— Cette clé ouvre la salle centrale du Cercle.

Je la regardai.

— Pourquoi me la donner ?

— Parce que je sais maintenant qui peut réellement les détruire.

— Qui ?

Il répondit :

Toi.

Soudain, une explosion retentit au-dessus de nous.

Le plafond trembla.

De la poussière tomba.

Le juge sourit.

— Ils sont là.

Des pas résonnèrent dans le tunnel.

Des dizaines d'hommes approchaient.

Gabriel me regarda.

— Pars.

— Non.

— Clara !

— Je ne te laisserai pas.

Il sourit.

— Alors fais-moi confiance.

Il se retourna vers le tunnel.

Puis il murmura :

Cette fois, c'est moi qui vais protéger ma petite sœur.

Et il disparut dans l'obscurité.

Quelques secondes plus tard...

un deuxième coup de feu retentit.

Puis un troisième.

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Et enfin...

le silence.

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