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CHAPITRE 12 — LE CHÂTEAU DE GABRIEL

CHAPITRE 12 — LE CHÂTEAU DE GABRIEL

La voiture roula pendant près d'une heure.

Je ne savais pas où nous allions.

Les vitres étaient teintées.

Aucun panneau.

Aucune maison.

Seulement une forêt interminable.

L'homme assis à côté de moi ne disait rien.

Je regardai mes mains.

Elles tremblaient encore.

— Où est Victor ?

Il ne répondit pas.

— Où est mon père ?

Silence.

— Où est ma mère ?

Cette fois, il me regarda.

— En sécurité.

— Vous mentez.

— Non.

— Alors pourquoi m'avoir séparée d'eux ?

Il détourna les yeux.

— Parce que votre grand-père l'a demandé.

Je serrai les dents.

— Je ne suis pas son héritière.

— Vous l'êtes.

— Je refuse.

Il sourit.

— Votre grand-père savait que vous diriez cela.

Je regardai par la fenêtre.

Au loin apparut une immense grille noire.

Derrière elle se dressait un château.

Je reconnus immédiatement l'architecture.

Je l'avais vue sur une photographie dans les dossiers.

Le domaine Martin.

La propriété que ma famille avait officiellement vendue vingt-cinq ans auparavant.

La voiture franchit les grilles.


À l'intérieur, tout semblait figé dans le temps.

Les couloirs étaient immenses.

Les portraits couvraient les murs.

Je reconnus mon père.

Plus jeune.

Ma mère.

Éléonore enfant.

Et moi.

Une photographie me fit m'arrêter.

J'avais environ quatre ans.

Je tenais la main d'un vieil homme.

Je ne le reconnaissais pas.

Mais lui me regardait avec tendresse.

— C'est lui.

La voix venait de derrière moi.

Je me retournai.

Un homme âgé se tenait au bout du couloir.

Grand.

Élégant.

Cheveux blancs.

Costume noir.

Son regard était incroyablement froid.

Mais ses yeux...

étaient exactement comme les miens.

— Grand-père ?

Il sourit.

— Enfin.

Je restai immobile.

— Vous avez détruit ma famille.

— Non.

Il s'approcha.

— J'ai créé une famille que le monde ne pouvait pas détruire.

— Vous avez créé le Cercle.

— Oui.

— Vous avez tué des gens.

— Oui.

— Vous avez manipulé mon père.

— Oui.

— Vous avez détruit la vie de ma mère.

Il s'arrêta.

— Non.

Je fronçai les sourcils.

— Alors pourquoi l'avoir enfermée pendant vingt ans ?

— Pour la protéger.

Je ris amèrement.

— Tout le monde utilise ce mot.

Gabriel me regarda.

— Parce que tu ne comprends toujours pas.

— Alors expliquez-moi.

Il désigna un fauteuil.

— Assieds-toi.

— Je préfère rester debout.

Il sourit.

— Tu as le caractère de ta mère.

Je répondis :

— Et la méfiance de mon père.

Son sourire disparut.

— C'est précisément pour cela que tu es ici.


Il posa une vieille boîte sur la table.

— Tu veux savoir pourquoi ton père a disparu ?

— Oui.

— Parce qu'il m'a trahi.

Je restai silencieuse.

— Ton père était mon meilleur élément.

— Mon père était un comptable.

— Officiellement.

Il ouvrit la boîte.

À l'intérieur se trouvaient des photographies.

Mon père dans plusieurs pays.

Avec différents hommes politiques.

Des chefs d'entreprise.

Des banquiers.

— Il gérait les opérations financières du Cercle.

Je regardai les photos.

— Pourquoi a-t-il voulu partir ?

Gabriel répondit :

— À cause de toi.

Je relevai les yeux.

— Moi ?

— Il a découvert que le Cercle préparait une opération qui aurait causé la mort de milliers de personnes.

— Quelle opération ?

Il hésita.

— Un effondrement financier.

Je fronçai les sourcils.

— Une crise économique ?

— Une crise fabriquée.

Il continua :

— Plusieurs banques auraient été attaquées simultanément. Des milliards auraient disparu. Des entreprises auraient fait faillite.

— Pourquoi ?

— Pour permettre au Cercle de les racheter à bas prix.

Je compris.

— Et mon père a refusé.

— Oui.

— Alors pourquoi ne l'avez-vous pas tué ?

Gabriel me fixa.

— Parce qu'il avait déjà caché quelque chose.

— Le registre.

— Oui.


Il ouvrit un autre dossier.

— Ton père avait prévu sa disparition.

— Avec ma mère ?

— Oui.

— Et Éléonore ?

— Elle les a aidés.

Je me souvenais de ses paroles.

Elle avait dix-huit ans.

Elle avait choisi de me protéger.

Gabriel continua :

— Mais ils ont commis une erreur.

— Laquelle ?

— Ils t'ont laissée avec ta mère.

— Et alors ?

— Je pouvais les retrouver.

Je compris.

— Alors ils m'ont cachée.

— Oui.

— Où ?

Gabriel sourit.

— Chez une famille qui ne connaissait rien du Cercle.

Je le regardai.

— Pendant vingt ans ?

— Oui.

— Et vous m'observiez ?

— Chaque semaine.

Je sentis une colère monter.

— Vous me surveilliez.

— Je te protégeais.

— Non !

Ma voix résonna dans le couloir.

— Vous me contrôliez !

Gabriel ne répondit pas.

Je m'approchai.

— Je ne suis pas votre héritière.

Il me regarda.

— Tu peux refuser l'argent.

Puis il désigna les dossiers.

— Mais tu ne peux pas refuser ton sang.


La porte s'ouvrit brusquement.

Un homme entra.

Je le reconnus.

Mercier.

Je reculai.

— Vous !

Il sourit.

— Bonjour, Clara.

— Vous avez tiré sur mon père.

— Il est vivant.

— Vous avez essayé de me tuer.

— Jamais.

— Alors pourquoi nous avoir poursuivis ?

Il regarda Gabriel.

— Parce qu'il fallait vous conduire ici.

Je me tournai vers mon grand-père.

— Tout était organisé.

— Oui.

— L'accident d'avion ?

Gabriel ne répondit pas.

Mercier intervint :

— L'avion n'était pas censé s'écraser.

Je le regardai.

— Quoi ?

— Nous voulions seulement le détourner.

— Alors pourquoi s'est-il écrasé ?

Mercier baissa les yeux.

— Quelqu'un a modifié les instructions.

Gabriel se leva.

— Qui ?

Mercier hésita.

— Je ne sais pas.

Le visage de Gabriel se durcit.

— Trouvez-le.

— Oui.

Mercier sortit.

Je regardai mon grand-père.

— Vous avez peur.

Il me fixa.

— Oui.

C'était la première fois qu'il l'admettait.

— De qui ?

Il répondit :

— D'une seule personne.

— Qui ?

Il s'approcha de moi.

Ta mère.


Je reculai.

— Pourquoi ?

Gabriel prit une vieille photographie.

Ma mère y apparaissait avec plusieurs dirigeants du Cercle.

— Parce qu'elle connaît tous mes secrets.

— Elle a essayé de vous trahir.

— Exactement.

— Alors pourquoi l'avez-vous laissée vivre ?

— Parce qu'elle possède quelque chose que je n'ai jamais réussi à obtenir.

— Quoi ?

Il me regarda.

— Le véritable registre.

Je me figeai.

— Mais le coffre était vide.

— Parce que ce n'était pas le vrai coffre.

Je compris.

— Le registre est ailleurs.

— Oui.

— Où ?

Gabriel sourit.

— Ta mère est la seule à le savoir.

Je reculai.

— Alors pourquoi m'avez-vous amenée ici ?

Il répondit :

— Parce que je savais qu'elle viendrait te chercher.

Un bruit retentit soudain dans le château.

Une explosion.

Puis une alarme.

Gabriel se retourna.

Mercier apparut en courant.

— Monsieur !

— Quoi ?

— Ils sont entrés.

— Qui ?

Mercier était essoufflé.

Éléonore.

Je me figeai.

Puis une deuxième explosion retentit.

Les vitres tremblèrent.

Gabriel regarda vers l'entrée.

— Combien sont-ils ?

— Une dizaine.

Je souris malgré moi.

— Vous avez peur de ma sœur ?

Gabriel me regarda.

— Non.

Puis il murmura :

— J'ai peur de ce qu'elle est venue récupérer.

Je fronçai les sourcils.

— Quoi ?

Il répondit :

Toi.

La porte du salon explosa.

Éléonore entra, une arme à la main.

Elle me regarda.

— Clara !

Je courus vers elle.

Mais avant que je puisse l'atteindre...

Éléonore tira.

BANG !

Gabriel s'écroula.

Et dans le silence qui suivit...

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je compris qu'elle n'était pas venue me sauver.

Elle était venue tuer mon grand-père.

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