CHAPITRE 15 — LE MENSONGE DE GABRIEL

CHAPITRE 15 — LE MENSONGE DE GABRIEL
Le coup de feu résonna encore dans ma tête.
Je ne pouvais plus bouger.
Je regardais l'écran noir.
— Papa...
Aucune réponse.
Éléonore me saisit par les épaules.
— Clara, regarde-moi.
Je la repoussai.
— Il a tiré sur mon père !
— Nous ne savons pas s'il est mort.
— J'ai entendu le coup de feu !
Mercier s'approcha.
— C'était probablement un enregistrement.
Je me tournai vers lui.
— Comment peux-tu en être certain ?
— Parce que la vidéo était en direct il y a quelques secondes.
— Alors pourquoi l'image s'est-elle coupée ?
Mercier regarda les écrans.
— Quelqu'un a repris le contrôle du système.
Victor arriva derrière nous.
— J'ai trouvé une sortie.
Je me tournai vers lui.
— Je dois retrouver mon père.
— Nous allons le retrouver.
— Maintenant.
Il acquiesça.
Nous avancions dans le couloir lorsque mon téléphone vibra.
Un nouveau message.
« Tu as dix minutes. »
Puis une adresse.
Je reconnus immédiatement le bâtiment.
L'ancien hôtel Saint-Clair.
L'endroit où Gabriel était censé se trouver.
Je regardai Éléonore.
— Il veut que j'aille là-bas.
Elle secoua la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que c'est exactement ce qu'Henri veut.
Je compris.
— Henri utilise Gabriel pour me manipuler.
Mercier intervint :
— Peut-être.
Je me tournai vers lui.
— Tu sais quelque chose.
Il resta silencieux.
— Mercier.
Il soupira.
— Gabriel n'a jamais voulu tuer ton père.
— Alors pourquoi a-t-il tiré ?
— Parce que la personne qu'il visait n'était pas ton père.
Je fronçai les sourcils.
— Qui alors ?
Il répondit :
— Quelqu'un se trouvait derrière lui.
Nous atteignîmes une salle de contrôle.
Mercier brancha sa clé USB.
Les écrans s'allumèrent.
Une caméra apparut.
Je vis mon père.
Il était vivant.
Attaché à une chaise.
Ma mère était à côté de lui.
Et Gabriel se tenait devant eux.
Je respirai enfin.
— Il est vivant.
Mais quelque chose n'allait pas.
Gabriel ne tenait plus son arme.
Un autre homme la tenait.
Un homme que je connaissais.
Henri.
Je regardai Mercier.
— Alors la vidéo était fausse.
— Oui.
Henri avait utilisé une ancienne séquence pour nous faire croire que Gabriel avait tiré.
Je serrai les poings.
— Où sont-ils ?
Mercier zooma sur l'image.
— Dans une ancienne propriété du Cercle.
— Où ?
— À Versailles.
Nous sommes partis immédiatement.
Cette fois, nous étions quatre.
Moi.
Éléonore.
Victor.
Mercier.
La route semblait interminable.
Je regardais les lumières de Paris défiler.
Puis Éléonore me parla.
— Clara...
— Oui ?
— Il faut que je te dise quelque chose avant que nous arrivions.
Je me tournai vers elle.
— Quoi ?
Elle inspira profondément.
— J'ai trahi Henri il y a vingt ans.
— Je sais.
— Non.
Elle secoua la tête.
— Tu ne sais pas comment.
Elle regarda la route.
— J'ai volé une partie de ses archives.
— Pourquoi ?
— Pour sauver ton père.
— Qu'y avait-il dans ces archives ?
Elle hésita.
— La preuve que ta mère avait été forcée de devenir dirigeante du Cercle.
Je restai silencieuse.
— Elle n'avait pas le choix ?
— Non.
— Alors pourquoi a-t-elle continué ?
Éléonore me regarda.
— Parce qu'elle croyait pouvoir changer le système de l'intérieur.
Je compris enfin.
Ma mère n'était pas devenue une dirigeante par ambition.
Elle avait essayé de détruire le monstre de l'intérieur.
Nous arrivâmes à Versailles.
La propriété était immense.
Des grilles entouraient le domaine.
Aucune lumière.
Nous nous garâmes à distance.
Mercier observa la maison.
— Il y a au moins quinze hommes.
Victor vérifia son arme.
— Nous ne pouvons pas entrer par la porte principale.
Éléonore sourit.
— Je connais un autre passage.
Nous traversâmes le jardin.
Derrière une statue, Éléonore trouva une trappe.
Nous descendîmes.
Le tunnel nous conduisit directement sous la maison.
Nous entendîmes des voix.
Henri.
— Où est le registre ?
Ma mère répondit :
— Je ne sais pas.
Henri rit.
— Tu mens depuis vingt-cinq ans.
Mon père cria :
— Laisse-la tranquille !
Henri le frappa.
Je serrai les poings.
Éléonore me retint.
— Attends.
Henri continua :
— Clara viendra.
Ma mère répondit :
— Elle ne viendra pas.
— Tu la connais mal.
Henri sourit.
— Elle ferait n'importe quoi pour vous sauver.
Je regardai Éléonore.
Elle comprit.
Nous étions exactement là où Henri voulait.
Nous entrâmes par une porte secondaire.
Deux gardes furent neutralisés.
Nous avançâmes rapidement.
Puis nous arrivâmes dans une grande salle.
Henri était là.
Ma mère et mon père étaient attachés.
Gabriel se tenait à côté.
Je levai mon arme.
— Laissez-les partir.
Henri sourit.
— Je savais que tu viendrais.
Je m'avançai.
— Vous voulez le registre ?
— Oui.
Je sortis le livre.
Henri ouvrit de grands yeux.
— Pose-le sur la table.
Je le fis.
Il s'approcha.
Mais Gabriel l'arrêta.
— Attends.
Henri se retourna.
— Pourquoi ?
Gabriel regarda le registre.
— Parce que ce n'est pas l'original.
Je me figeai.
Henri me regarda.
— Quoi ?
Gabriel sourit.
— Elle a fait exactement ce que son père aurait fait.
Je compris.
Le registre que j'avais apporté était une copie.
Henri éclata de colère.
— Où est l'original ?
Je répondis :
— Vous ne l'aurez jamais.
Henri pointa son arme vers ma mère.
— Alors elle meurt.
Je levai immédiatement les mains.
— Attendez.
Mon père cria :
— Clara, non !
Je regardai Henri.
— L'original est sous Paris.
— Où ?
— Dans le siège du Cercle.
— Mensonge.
— Alors tuez-la.
Henri hésita.
Je venais de comprendre quelque chose.
Il avait besoin du registre.
Mais pourquoi ?
Parce qu'il contenait les noms.
Les comptes.
Les preuves.
Et surtout...
les noms de ceux qui le protégeaient.
Je souris.
— Vous ne voulez pas seulement le registre.
Henri se figea.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Vous voulez savoir qui vous a trahi.
Son visage changea.
— Qui ?
— La personne qui vous a donné de fausses informations.
Henri regarda Gabriel.
Puis ma mère.
Puis Mercier.
Je compris.
Il ne savait pas lequel de ses propres alliés l'avait trahi.
Je sortis mon téléphone.
— J'ai envoyé le registre à trois journalistes.
Henri pâlit.
— Tu bluffes.
— Dans trente minutes, tout sera publié.
Il leva son arme.
— Tu mens.
— Alors tirez.
Silence.
Henri ne tira pas.
Parce qu'il savait que je disais la vérité.
Puis Gabriel s'approcha de lui.
— C'est terminé, Henri.
Henri se retourna.
— Toi...
Gabriel leva son arme.
— Pose-la.
Henri sourit.
— Tu ne me tueras pas.
— Non.
Gabriel regarda la porte.
— Mais eux le feront.
Des sirènes retentirent à l'extérieur.
Henri comprit.
La police.
Les autorités.
Des journalistes.
Tout le monde arrivait.
Mais avant que les portes ne s'ouvrent...
Henri éclata de rire.
— Vous pensez avoir gagné ?
Il regarda ma mère.
— Demandez-lui ce qu'elle a fait il y a vingt-cinq ans.
Je me tournai vers ma mère.
Henri continua :
— Demandez-lui qui elle a sacrifié pour sauver Clara.
Ma mère devint livide.
Je la regardai.
— Maman ?
Elle ne répondit pas.
— Qui as-tu sacrifié ?
Des larmes coulèrent sur son visage.
Puis elle murmura :
— Ton frère.
Je me figeai.
— Mon frère ?
Elle hocha la tête.
— Tu avais un frère avant ta naissance.
Je reculai.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
Elle ferma les yeux.
— Et il n'est pas mort.
Un silence glacial envahit la pièce.
Puis quelqu'un frappa à la porte.
Une voix masculine retentit de l'autre côté :
— Maman ?
Je regardai ma mère.
Elle s'effondra en larmes.
La porte s'ouvrit lentement.
Et un jeune homme entra.
Il me ressemblait.
Exactement.
Il regarda ma mère.
Puis moi.
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Et prononça :
— Bonjour, petite sœur.