CHAPITRE 10 — LE VÉRITABLE FONDATEUR

CHAPITRE 10 — LE VÉRITABLE FONDATEUR
Je fixais la photographie.
Un homme âgé se tenait derrière mes parents.
Son visage était sévère.
Son regard froid.
Mais quelque chose dans ses traits me semblait étrangement familier.
Je regardai ma mère.
— C'est mon grand-père ?
Elle hocha la tête.
— Oui.
— Je pensais qu'il était mort.
— Tout le monde le pense.
Henri recula lentement.
— Il ne devait jamais réapparaître.
Je me tournai vers lui.
— Pourquoi avez-vous peur de lui ?
Henri ne répondit pas.
Ma mère le regarda.
— Parce que tu sais ce qu'il est capable de faire.
Henri serra les dents.
— Il a créé le Cercle.
— Et tu l'as trahi.
Henri secoua la tête.
— Je n'avais pas le choix.
— Tu as toujours eu le choix.
Je regardai alternativement ma mère et Henri.
— Quel est son nom ?
Ma mère hésita.
Puis elle répondit :
— Gabriel Martin.
Mon cœur s'arrêta.
— Martin ?
— Oui.
— Mon nom.
— C'était ton grand-père.
Je regardai mon père.
— Pourquoi personne ne m'a jamais parlé de lui ?
Il répondit :
— Parce que nous voulions que tu ignores jusqu'à son existence.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il avait passé toute sa vie à chercher quelqu'un capable de lui succéder.
Je compris soudain.
— Moi.
Mon père acquiesça.
— Oui.
Un bruit sourd retentit derrière nous.
Puis les lumières s'éteignirent.
Henri profita de l'obscurité.
Il attrapa ma mère par le bras.
— Nous partons.
— Lâche-la !
Je me précipitai.
Mais Henri plaça son arme contre sa tête.
— Un pas de plus et elle meurt.
Je m'arrêtai.
Éléonore cria :
— Maman !
Henri recula vers la sortie.
— Le coffre ne m'intéresse plus.
Je regardai l'enveloppe dans ma main.
— Alors pourquoi l'avoir voulue ?
Il sourit.
— Parce qu'elle contient l'adresse de Gabriel.
Je sentis mon sang se glacer.
— Où est-il ?
Henri répondit :
— Tu le découvriras bientôt.
Puis il frappa ma mère et disparut dans le couloir.
Je courus après lui.
Mais la porte se referma.
Un bruit de moteur retentit.
Il était parti.
Ma mère était au sol.
Je m'agenouillai auprès d'elle.
— Maman !
Elle ouvrit lentement les yeux.
— Je vais bien.
— Il t'a blessée.
— Ce n'est rien.
Éléonore s'approcha.
— Où est l'enveloppe ?
Je la regardai.
— Ici.
Elle hésita.
— Ouvre-la.
Je retirai la dernière feuille.
Une adresse était écrite dessus.
Hôtel Saint-Clair, Genève.
Mathieu fronça les sourcils.
— Ce n'est pas une adresse privée.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Un ancien hôtel appartenant à notre famille.
Mon père acquiesça.
— Gabriel y possédait une chambre secrète.
Je regardai ma mère.
— Il est là ?
Elle secoua la tête.
— Pas forcément.
— Alors pourquoi cette adresse ?
Elle me fixa.
— Parce que c'est là que ton grand-père a commencé le Cercle.
Nous quittâmes la chapelle avant l'arrivée des hommes d'Henri.
Quelques heures plus tard, nous étions dans une voiture en direction de l'aéroport.
Je regardais par la fenêtre.
Tout ce que je croyais connaître s'effondrait.
Mon père était vivant.
Ma mère était une ancienne dirigeante du Cercle.
Éléonore était ma sœur.
Victor avait simulé sa mort.
Et mon grand-père était le véritable fondateur d'une organisation criminelle qui contrôlait une partie de l'Europe.
Je me tournai vers Victor.
— Pourquoi ne m'avez-vous jamais parlé de Gabriel ?
Il répondit :
— Parce que nous pensions qu'il était mort.
— Et maintenant ?
— Maintenant, nous savons qu'il est vivant.
— Comment ?
Victor me regarda.
— Parce qu'il vient de nous envoyer un message.
Il me tendit son téléphone.
Un message était affiché.
« Ma petite-fille arrive enfin. »
Je sentis un frisson.
— Il sait que nous venons.
— Oui.
— Il nous attend.
— Oui.
Je regardai ma mère.
— Tu savais ?
Elle secoua la tête.
— Non.
Puis son téléphone vibra.
Elle regarda l'écran.
Son visage changea.
— Quoi ?
Elle me tendit l'appareil.
Un message.
« Je suis fier de toi, Claire. »
Je me figeai.
— Il connaît mon prénom.
— Évidemment.
— Comment ?
Ma mère répondit :
— Parce qu'il t'observe depuis ta naissance.
À l'aéroport, nous avons pris un jet privé.
Pendant le vol, personne ne parla.
Puis Éléonore vint s'asseoir à côté de moi.
— Je dois te dire quelque chose.
— Quoi ?
Elle hésita.
— Quand nous étions petites, je ne te détestais pas.
Je la regardai.
— Je sais.
— Non.
Elle sourit tristement.
— Tu ne sais pas tout.
Elle sortit une petite boîte.
À l'intérieur se trouvait une vieille poupée.
Je la reconnus immédiatement.
— C'était à moi.
— Non.
Elle secoua la tête.
— C'était à nous deux.
Elle ouvrit la poupée.
À l'intérieur se trouvait un petit morceau de papier.
Je le dépliai.
Une écriture enfantine.
« Clara et Éléonore pour toujours. »
Mes yeux se remplirent de larmes.
— Pourquoi l'as-tu gardée ?
Elle répondit :
— Parce que même lorsque je faisais semblant de te haïr...
Elle essuya une larme.
— ...je n'ai jamais cessé d'être ta sœur.
Je la pris dans mes bras.
Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, nous nous sommes serrées l'une contre l'autre.
Mais ce moment fut interrompu par une alarme.
Le pilote entra dans la cabine.
— Nous avons un problème.
Victor se leva.
— Quel problème ?
— Quelqu'un a pris le contrôle du système de navigation.
Mathieu se précipita vers l'écran.
— Impossible.
— Regardez.
Les coordonnées changeaient.
Je regardai la destination.
Ce n'était plus Genève.
L'écran affichait :
UNKNOWN LOCATION.
Puis une voix sortit des haut-parleurs.
Une voix ancienne.
Calme.
Presque douce.
— Bonjour, Clara.
Je me figeai.
Tout le monde se tut.
La voix continua :
— Je suis désolé de ne pas avoir pu être présent à ta naissance.
Je regardai ma mère.
Elle tremblait.
— Gabriel...
La voix rit doucement.
— Tu as grandi exactement comme je l'avais prévu.
Je me levai.
— Où sommes-nous ?
— Dans quelques minutes, tu le découvriras.
— Pourquoi m'avez-vous surveillée ?
Silence.
Puis :
— Parce que tu es la seule héritière du Cercle.
Je serrai les poings.
— Je ne veux rien de votre organisation.
— Ce n'est pas à toi de décider.
— Si.
Il rit.
— Tu crois encore que tu as le choix.
L'avion trembla brutalement.
Le pilote cria :
— Nous perdons de l'altitude !
Les lumières s'éteignirent.
Éléonore attrapa ma main.
— Clara !
Une voix retentit encore :
— Bienvenue dans ton héritage.
Puis le moteur gauche s'arrêta.
Et l'avion commença à tomber.
CHAPITRE 11 — L'AVION
L'alarme hurlait.
Les lumières rouges clignotaient dans toute la cabine.
Le pilote criait des instructions.
Les passagers s'agrippaient aux sièges.
Je regardai par le hublot.
Le sol se rapprochait.
Beaucoup trop vite.
— Que se passe-t-il ? demandai-je.
Le pilote répondit :
— Quelqu'un a saboté le système de navigation !
Mathieu se leva.
— Peut-on reprendre le contrôle ?
— Je ne sais pas !
Une violente secousse nous projeta contre les sièges.
Ma mère cria.
Éléonore me serra la main.
Puis...
tout devint noir.
Lorsque j'ouvris les yeux, je n'entendis plus les alarmes.
Seulement la pluie.
Et un léger sifflement de vent.
Je tentai de bouger.
Ma tête me faisait atrocement mal.
Autour de moi, l'avion était détruit.
Mais je respirais.
— Éléonore ?
Aucune réponse.
— Maman ?
Silence.
Je me détachai de mon siège.
Puis j'entendis une voix.
Très faible.
— Clara...
Je me retournai.
Éléonore était coincée entre deux sièges.
Je courus vers elle.
— Tu es blessée ?
— Ma jambe.
Je retirai une partie du métal.
— Tiens bon.
Je l'aidai à sortir.
Nous étions dans une forêt.
L'avion avait probablement heurté les arbres avant de s'écraser.
Je regardai autour de moi.
— Où sont les autres ?
Éléonore secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Nous cherchâmes.
Puis nous trouvâmes Mathieu.
Il était inconscient.
Ma mère aussi.
Mais Victor...
avait disparu.
Je regardai les traces dans la boue.
Quelqu'un l'avait emporté.
Je compris immédiatement.
— Gabriel.
Éléonore acquiesça.
— Oui.
Puis une lumière apparut entre les arbres.
Une voiture noire.
Elle s'arrêta.
Deux hommes descendirent.
Ils portaient des manteaux noirs.
L'un d'eux s'approcha.
— Mademoiselle Martin ?
Je ne répondis pas.
— Votre grand-père vous attend.
Je serrai les poings.
— Où est Victor ?
L'homme sourit.
— Il est avec lui.
— Alors conduisez-moi.
Éléonore attrapa mon bras.
— Clara, non !
Je la regardai.
— Nous n'avons pas le choix.
Puis je montai dans la voiture.
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Et tandis que nous disparaissions dans la forêt...
je ne savais pas encore que mon grand-père avait préparé cette rencontre depuis vingt-cinq ans.