CHAPITRE 4 — LA FEMME EN NOIR

CHAPITRE 4 — LA FEMME EN NOIR
Le temps sembla s'arrêter.
Éléonore se tenait dans l'encadrement de la porte, vêtue d'un long manteau noir.
À côté d'elle se trouvait le lieutenant Mercier.
Derrière eux, quatre hommes armés bloquaient l'entrée du garage.
Je sentis mes doigts se resserrer autour de la clé à molette.
Mathieu murmura :
— Ne bougez pas.
Éléonore sourit.
— Vous avez toujours été aussi dramatique, Mathieu.
— Et toi toujours aussi dangereuse.
Elle haussa les épaules.
— Je n'ai jamais prétendu être une femme innocente.
Puis son regard se posa sur moi.
— Donnez-moi la clé.
Je ne répondis pas.
— Clara, je vous conseille de réfléchir.
— Vous avez essayé de tuer votre mari.
Son sourire disparut.
— Vous ne savez rien.
— Je sais qu'il était vivant dans ce cercueil.
— Grâce à vous.
Elle avança d'un pas.
— Et maintenant, grâce à vous, il va probablement mourir pour de bon.
Mon cœur se serra.
— Il est vivant ?
Elle ne répondit pas.
Mathieu comprit avant moi.
— Où est Victor ?
Éléonore regarda son beau-frère.
— À l'hôpital.
— Sous surveillance ?
— Oui.
— Médicale ?
Elle sourit.
— Disons que j'ai pris certaines précautions.
Mathieu devint livide.
— Tu n'as pas osé.
— J'ai fait ce que je devais faire.
Je regardai Éléonore.
— Vous allez le tuer.
— Non.
Elle marqua une pause.
— Je vais simplement m'assurer qu'il ne puisse plus parler.
Mercier fit un pas vers nous.
— La clé.
Je reculai.
— Vous êtes policier.
— Oui.
— Alors pourquoi travaillez-vous pour elle ?
Il sourit.
— Vous faites une erreur classique.
— Laquelle ?
— Croire que la police est toujours du bon côté.
Mathieu leva son arme.
— Recule.
Mercier rit.
— Tu n'as aucune chance.
Puis tout se passa très vite.
Une lumière explosa au-dessus de nous.
Le garage plongea dans l'obscurité.
Mathieu tira.
Les hommes d'Éléonore ripostèrent.
Je me jetai derrière une voiture.
Des éclats de verre volèrent autour de moi.
— Clara !
C'était Mathieu.
— Courez !
Je rampai jusqu'à la porte arrière.
Mais quelqu'un me saisit par le bras.
Je me retournai.
Éléonore.
Elle me plaqua contre le mur.
— La clé.
Je refusai.
Elle serra mon poignet.
— Vous ne comprenez pas ce que vous détenez.
— Alors expliquez-moi.
Son visage se rapprocha du mien.
— Cette clé peut détruire des familles entières.
— La vôtre ?
Elle hésita.
Une fraction de seconde.
Mais je l'avais vue.
La peur.
— Qui voulez-vous protéger ?
Elle me relâcha brusquement.
— Donnez-moi la clé.
Je la fixai.
— Non.
Elle leva son arme.
— Dernière chance.
Un coup de feu retentit.
Mais ce n'était pas elle qui avait tiré.
Mercier s'écroula.
Éléonore se retourna.
Mathieu se tenait au milieu du garage.
— Partez ! cria-t-il.
Je courus.
Nous traversâmes la porte arrière et débouchâmes dans une ruelle.
La pluie tombait violemment.
Mathieu me suivait.
— Continuez !
— Et vous ?
— Je suis juste derrière vous !
Nous courûmes jusqu'à une vieille voiture.
Mathieu ouvrit la portière.
— Montez !
Je m'installai.
Il démarra.
La voiture partit dans un crissement de pneus.
Pendant plusieurs minutes, aucun de nous ne parla.
Puis je demandai :
— Mercier est mort ?
— Je ne sais pas.
— Éléonore ?
— Vivante.
Je regardai la clé.
— Pourquoi ont-ils tellement peur de ça ?
Mathieu serra le volant.
— Parce qu'elle contient les comptes.
— Quels comptes ?
— Ceux qui prouvent que notre famille finance secrètement une organisation appelée Le Cercle.
Je me tournai vers lui.
— Une organisation criminelle ?
— Beaucoup plus que ça.
Il regarda dans le rétroviseur.
— Le Cercle contrôle des banques, des sociétés, des médias et même certains responsables politiques.
— Et Henri ?
— Henri est l'un de leurs fondateurs.
Je compris enfin.
— Et Victor voulait les exposer.
— Oui.
— Pourquoi ?
Mathieu répondit :
— Parce qu'il avait découvert qu'ils avaient une cible.
— Qui ?
Il hésita.
Puis me regarda.
— Vous.
Je restai silencieuse.
— Moi ?
— Oui.
— Pourquoi moi ?
Mathieu sortit une enveloppe de sa veste.
— Parce que vous êtes la seule personne à avoir réparé la voiture de Victor sans lui demander qui il était.
Il me tendit l'enveloppe.
À l'intérieur se trouvait une photographie.
Moi.
Dans mon garage.
Trois mois auparavant.
Je me rappelai cette journée.
Victor était venu seul.
Mais sur la photo...
un homme se tenait dans la rue.
Je zoomai.
Je reconnus son visage.
Henri Delatour.
— Il me surveillait déjà.
— Oui.
Je regardai Mathieu.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il savait que Victor vous ferait confiance.
— Mais pourquoi moi ?
Mathieu resta silencieux.
Puis il prononça une phrase qui me glaça.
— Parce que votre père travaillait pour lui.
Je sentis mon cœur s'arrêter.
— Mon père est mort.
— Non.
Je le regardai.
— Vous mentez.
— Votre père a disparu il y a vingt-deux ans.
— Il est mort.
— C'est ce que votre mère vous a dit.
Je secouai la tête.
— Arrêtez.
Mathieu sortit une autre photographie.
Un homme plus jeune.
Debout devant une usine.
À côté d'Henri.
Je reconnus immédiatement le visage.
Mes mains se mirent à trembler.
— Non...
Mathieu murmura :
— Votre père était le comptable du Cercle.
Je n'arrivais plus à respirer.
— Pourquoi Victor me l'aurait-il caché ?
— Parce qu'il voulait vous protéger.
— De qui ?
Mathieu regarda la route.
— De votre propre famille.
Un silence lourd s'installa.
Puis mon téléphone vibra.
Un appel.
Numéro inconnu.
Je décrochai.
Personne ne parla.
Puis une voix masculine murmura :
— Clara...
Je me figeai.
Je connaissais cette voix.
Je l'avais entendue des centaines de fois dans mon enfance.
Une voix que je pensais avoir oubliée.
— Papa ?
Mathieu freina brutalement.
La voix continua :
— Ne fais confiance à personne.
Puis la communication fut coupée.
Je regardai Mathieu.
Il était devenu livide.
— Vous avez entendu ?
Il acquiesça.
— Oui.
— Alors mon père est vivant.
Mathieu ne répondit pas.
Il regardait simplement le rétroviseur.
Une voiture noire venait d'apparaître derrière nous.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Mathieu appuya sur l'accélérateur.
— Ils nous ont retrouvés.
Je serrai la clé USB dans ma main.
Et pour la première fois, je compris que cette histoire n'avait jamais commencé avec Victor.
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Elle avait commencé bien avant ma naissance.
Et mon père connaissait toute la vérité.