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CHAPITRE 6 — LE SECRET DE MA NAISSANCE

CHAPITRE 6 — LE SECRET DE MA NAISSANCE

Je regardai Victor sans parvenir à prononcer un mot.

Quelques heures plus tôt, je l'avais entendu respirer à l'intérieur d'un cercueil.

Maintenant, il se tenait devant moi.

Vivant.

Affaibli.

Mais déterminé.

Et il venait de prononcer une phrase qui bouleversait tout ce que je croyais savoir.

Éléonore était ma sœur.

Je secouai lentement la tête.

— Non.

Victor ne répondit pas.

— Non... ce n'est pas possible.

Mathieu regardait son frère avec la même incrédulité.

— Victor, tu ne peux pas lui annoncer ça comme ça.

— Elle mérite de savoir.

Je regardai Mathieu.

— C'est vrai ?

Il baissa les yeux.

Ce silence fut une réponse.

Je sentis mes jambes trembler.

— Depuis combien de temps le saviez-vous ?

Victor s'approcha.

— Depuis ta naissance.

— Et vous ne m'avez rien dit ?

— Nous ne pouvions pas.

Je ris nerveusement.

— Tout le monde semble savoir quelque chose sur ma vie sauf moi.

Victor resta silencieux.

— Mon père est vivant.

— Oui.

— Éléonore est ma sœur.

— Oui.

— Ma mère connaissait le Cercle.

— Oui.

Je regardai autour de moi.

— Et vous voulez encore me dire que vous faisiez tout cela pour me protéger ?

Victor acquiesça.

— Oui.

— Alors pourquoi ai-je grandi sans eux ?

Son visage se crispa.

— Parce que ton père avait été condamné à mort par le Cercle.

Je restai immobile.

— Quoi ?

— Après avoir découvert leurs comptes secrets, il a décidé de les trahir.

Victor continua :

— Il savait qu'ils le tueraient. Mais avant de disparaître, il a fait une chose que personne n'avait prévue.

— Laquelle ?

— Il a volé le registre original du Cercle.

Mathieu intervint :

— Le registre contenant les noms de tous les membres.

Victor acquiesça.

— Et il l'a caché.

— Où ?

— Dans un endroit que personne ne soupçonnerait.

Je compris.

— L'ancienne chapelle.

— Oui.


Je m'assis.

Ma tête tournait.

— Mais Éléonore...

Victor s'approcha.

— Éléonore n'a pas toujours été comme elle est aujourd'hui.

— Elle était différente ?

— Elle avait dix-sept ans lorsque ton père a disparu.

— Et moi ?

— Tu avais quelques mois.

Je regardai Victor.

— Pourquoi m'a-t-elle détestée ?

Il hésita.

— Parce qu'elle croyait que ton père avait choisi ta mère plutôt qu'elle.

Je fronçai les sourcils.

— Éléonore est ma sœur.

— Oui.

— Mais nous n'avons pas la même mère.

— Non.

Je compris enfin.

— Mon père avait une autre famille.

Victor acquiesça.

— Éléonore est née d'une première union.

— Et moi de la seconde.

— Exactement.

Je fermai les yeux.

Toute mon enfance, j'avais cru que mon père était mort.

Ma mère ne parlait jamais de lui.

Elle me disait seulement :

« Il t'aimait. »

Je n'avais jamais compris pourquoi elle pleurait lorsqu'elle prononçait ces mots.

Maintenant, je comprenais.


Victor s'assit face à moi.

— Quand ton père a découvert que le Cercle voulait utiliser Éléonore pour atteindre Victor, il a décidé de disparaître.

— Pourquoi elle ?

— Parce qu'elle était vulnérable.

— Elle avait dix-sept ans.

— Et son père avait déjà commencé à la manipuler.

Je regardai Mathieu.

— Henri ?

— Oui.

Victor poursuivit :

— Henri a convaincu Éléonore que ton père l'avait abandonnée.

— Alors elle me détestait.

— Elle te considérait comme la preuve de cette trahison.

Je sentis mes yeux se remplir de larmes.

— Je n'étais qu'un bébé.

Victor baissa les yeux.

— Je sais.


Soudain, une sirène retentit au loin.

Mathieu se leva.

— Nous devons partir.

Victor acquiesça.

— Ils ont trouvé le passage.

— Qui ?

— Mercier.

Je me levai.

— Il travaille pour Henri.

— Oui.

Mathieu prit son arme.

— Nous devons rejoindre la chapelle.

Victor secoua la tête.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce qu'ils savent maintenant où elle se trouve.

Je regardai Victor.

— Alors où allons-nous ?

Il me fixa.

— Chez ta mère.

Je restai figée.

— Ma mère est morte.

Victor secoua la tête.

— Non.

Le monde sembla s'arrêter.

— Quoi ?

— Ta mère est vivante.

Je reculai.

— Vous mentez.

— Non.

— Je l'ai vue mourir.

— Ce que tu as vu était une mise en scène.

Je tremblais.

— Où est-elle ?

Victor répondit :

— Dans une clinique privée à Genève.

Je n'arrivais plus à parler.

Ma mère.

Vivante.

Après toutes ces années.

Je regardai Victor.

— Pourquoi ?

— Parce qu'elle a été victime d'un empoisonnement.

— Par Henri ?

— Oui.

Mathieu ajouta :

— Elle savait où ton père avait caché le registre.

Je compris immédiatement.

— C'est pour ça qu'ils voulaient la faire disparaître.

Victor acquiesça.

— Et c'est pour cela que ton père est devenu infiltré.


Nous quittâmes la pièce par un autre passage.

Mais à peine avions-nous parcouru cinquante mètres qu'un bruit assourdissant retentit derrière nous.

BOUM !

Le tunnel trembla.

De la poussière tomba du plafond.

Mathieu cria :

— Ils ont fait exploser l'entrée !

Victor se retourna.

— Ils veulent nous enfermer.

Je regardai devant nous.

— Il y a une sortie ?

— Oui.

— Où ?

— À environ deux cents mètres.

Nous courûmes.

Mais une autre explosion retentit.

Cette fois devant nous.

Nous nous arrêtâmes.

Mathieu jura.

— Ils ont bloqué les deux côtés.

Victor regarda le plafond.

— Il reste une possibilité.

— Laquelle ?

Il désigna une vieille échelle.

— Le conduit d'aération.

Je regardai l'ouverture.

— Je ne vais jamais passer là-dedans.

Victor sourit légèrement.

— Tu as réussi à ouvrir un cercueil devant deux cents personnes.

Il marqua une pause.

— Tu peux bien traverser un conduit.

Je souris malgré moi.

Nous montâmes.


Une heure plus tard, nous étions dans une vieille maison abandonnée.

Victor referma les volets.

Mathieu surveillait la rue.

Je m'assis à la table.

— Appelez Genève.

Victor sortit un téléphone sécurisé.

— Nous ne pouvons pas.

— Pourquoi ?

— Parce que si nous appelons directement, Henri saura où nous sommes.

— Alors comment allons-nous la retrouver ?

Victor me regarda.

— Nous avons besoin d'un intermédiaire.

— Qui ?

Il hésita.

Puis :

— Le médecin qui t'a mise au monde.

Je fronçai les sourcils.

— Il est encore vivant ?

— Oui.

— Où ?

Victor répondit :

— Paris.

Je me levai.

— Alors allons-y.

Mais avant que nous puissions sortir...

mon téléphone vibra.

Un message.

« Clara, je sais où tu es. »

Puis un deuxième.

« Je sais que Victor est vivant. »

Puis un troisième.

« Et je sais que tu as découvert qui est réellement ton père. »

Je regardai Victor.

Son visage était devenu livide.

— Qui a envoyé ça ?

Je lui montrai l'écran.

Victor lut le numéro.

Puis il murmura :

— Ce n'est pas Henri.

— Alors qui ?

Il leva les yeux.

— C'est Éléonore.

Un dernier message apparut.

« Tu veux retrouver ta mère ? Viens seule. »

Puis une adresse.

Je reconnus immédiatement le lieu.

L'ancienne villa de ma famille.

Celle où j'avais vécu jusqu'à l'âge de cinq ans.

Celle que je pensais avoir été détruite dans un incendie.

Je regardai Victor.

— Elle m'attend.

Il secoua la tête.

— C'est un piège.

Je pris ma veste.

— Je sais.

— Alors pourquoi y aller ?

Je le regardai.

— Parce que si Éléonore sait où est ma mère...

Je serrai les poings.

— ...elle est peut-être la seule personne capable de me conduire jusqu'à elle.

Victor me fixa.

Puis il murmura :

— Alors je viens avec toi.

Je secouai la tête.

— Non.

— Clara...

— Cette fois, c'est mon histoire.

Je sortis.

Mais avant de franchir la porte, Victor me lança une dernière phrase :

— Si tu vois Éléonore...

Je me retournai.

— Ne la crois surtout pas lorsqu'elle te dira qu'elle t'aime.

Je restai silencieuse.

Puis je partis.

Sans savoir que, quelques kilomètres plus loin, Éléonore regardait une vieille photographie de deux petites filles.

L'une était elle.

L'autre...

c'était moi.

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Et derrière la photographie, une phrase avait été écrite vingt-cinq ans plus tôt :

« Une seule des deux survivra. »

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