CHAPITRE 8 — MON PÈRE

CHAPITRE 8 — MON PÈRE
Je ne pouvais plus respirer.
L'homme devant moi me regardait avec une expression que je n'arrivais pas à déchiffrer.
Ses cheveux étaient devenus gris.
Son visage était marqué par les années.
Mais je le reconnaissais.
Même après vingt-cinq ans.
Mon père.
Je fis un pas vers lui.
— Papa...
Il ne bougea pas.
Derrière lui, Henri Delatour entra lentement dans la pièce.
Éléonore se plaça immédiatement devant moi.
— Ne t'approche pas d'elle.
Henri sourit.
— Toujours aussi protectrice, Éléonore.
Mathieu leva son arme.
— Un pas de plus et je tire.
Henri ne sembla même pas inquiet.
— Tu ne tireras pas.
— Essaie-moi.
Mon père leva la main.
— Mathieu, baisse ton arme.
Je le regardai.
— Pourquoi ?
Il me fixa.
— Parce qu'il est inutile de faire couler davantage de sang.
Je sentis les larmes monter.
— Tu es vivant depuis tout ce temps.
Il baissa les yeux.
— Oui.
— Et tu ne m'as jamais cherchée ?
— Chaque jour.
— Alors pourquoi ne pas être revenu ?
Il resta silencieux.
Puis il répondit :
— Parce que je voulais que tu survives.
Je secouai la tête.
— Tu m'as laissée croire que tu étais mort.
— Pour te protéger.
— Tout le monde dit ça !
Ma voix se brisa.
— Victor disait qu'il me protégeait. Maman disait qu'elle me protégeait. Éléonore disait qu'elle me protégeait. Et maintenant toi !
Je regardai chacun d'eux.
— Mais personne ne m'a jamais demandé ce que je voulais.
Le silence tomba.
Mon père baissa lentement la tête.
— Tu as raison.
Cette simple phrase me bouleversa davantage que toutes les explications.
Henri s'avança.
— Le temps des retrouvailles est terminé.
Je le regardai.
— Pourquoi me voulez-vous ?
— Pour le pendentif.
Je le serrai dans ma main.
— Vous ne l'aurez pas.
Il sourit.
— Tu ne comprends pas ce qu'il contient.
— Alors expliquez-moi.
Henri regarda mon père.
— Dis-lui.
Mon père ne répondit pas.
Henri soupira.
— Ton père a volé quelque chose il y a vingt-cinq ans.
— Le registre.
— Exactement.
— Et il l'a caché dans mon pendentif.
Henri secoua la tête.
— Non.
Je fronçai les sourcils.
— Alors quoi ?
Il s'approcha.
— Le pendentif ne contient pas le registre.
— Qu'est-ce qu'il contient ?
— Une clé.
— Une clé vers quoi ?
Henri sourit.
— Vers le coffre qui contient le registre.
Mathieu comprit.
— La chapelle.
Henri acquiesça.
— Oui.
Je regardai mon père.
— Tu as vraiment fait ça ?
Il répondit :
— Oui.
— Pourquoi moi ?
Il me regarda enfin directement.
— Parce que personne ne soupçonnerait qu'un homme puisse cacher une clé dans les souvenirs de sa propre fille.
Je baissai les yeux vers le pendentif.
Je le portais depuis ma naissance.
Sans jamais savoir ce qu'il représentait.
Soudain, un coup de feu retentit.
BANG !
La fenêtre éclata.
Tout le monde se baissa.
Mathieu tira vers l'extérieur.
Henri cria :
— Sortez par derrière !
Je regardai mon père.
— Tu viens avec moi ?
Il hésita.
Puis il hocha la tête.
Nous courûmes dans le couloir.
Ma mère suivait.
Éléonore fermait la marche.
Mais avant que nous atteignions la sortie...
une silhouette apparut.
Mercier.
Il tenait son arme.
— Personne ne bouge.
Mathieu leva son pistolet.
— Tu es fini, Antoine.
Mercier sourit.
— Non.
Il regarda mon père.
— Lui est fini.
Mon père s'avança.
— Tu as travaillé pour Henri pendant vingt-deux ans.
Mercier répondit :
— Parce que je n'avais pas le choix.
— Tu avais toujours le choix.
Mercier baissa les yeux.
— Tu ne sais rien.
Puis il tira.
Je criai.
Mon père s'écroula.
— Papa !
Je me précipitai vers lui.
Une tache rouge s'étendait sur sa chemise.
Ma mère hurla.
Éléonore se jeta sur Mercier.
Mathieu tira.
Mercier tomba.
Le silence revint.
Je tenais mon père dans mes bras.
— Reste avec moi.
Il respirait difficilement.
— Clara...
— Ne parle pas.
— Écoute-moi.
— Non.
— Il faut que tu ailles à la chapelle.
— Je vais t'emmener à l'hôpital.
Il attrapa mon poignet.
— Pas avant.
— Pourquoi ?
— Parce qu'ils arrivent.
J'entendis des véhicules dehors.
Mon père murmura :
— Henri ne veut pas seulement le registre.
— Qu'est-ce qu'il veut ?
Il me regarda.
— Il veut détruire tous ceux qui pourraient témoigner contre lui.
Je regardai ma mère.
Puis Éléonore.
Puis Mathieu.
— Et moi ?
Mon père ferma les yeux.
— Toi...
Il respira difficilement.
— Tu es la dernière personne qui peut ouvrir le coffre.
Nous avons quitté la villa par un tunnel caché.
Mon père était blessé, mais refusait de s'arrêter.
Nous avons atteint une vieille chapelle située à plusieurs kilomètres.
Elle était abandonnée.
Les portes grinçaient.
À l'intérieur, la poussière recouvrait les bancs.
Mon père s'approcha de l'autel.
— Là.
Je regardai le sol.
Une dalle différente des autres.
Mathieu et moi la soulevâmes.
Un escalier descendait dans l'obscurité.
Nous descendîmes.
Au fond se trouvait une petite pièce en pierre.
Et au centre...
un coffre métallique.
Je sortis le pendentif.
Il comportait une minuscule clé.
Je l'insérai.
Clic.
Le coffre s'ouvrit.
À l'intérieur :
des dossiers.
Des passeports.
Des photographies.
Des comptes bancaires.
Et un vieux magnétophone.
Mon père s'approcha.
— C'est tout.
Je pris le premier dossier.
Mon cœur s'arrêta.
Il portait le nom :
HENRI DELATOUR.
Puis un deuxième.
ANTOINE MERCIER.
Puis un troisième.
ÉLÉONORE DE ROCHEFORT.
Je regardai Éléonore.
Elle ne semblait pas surprise.
— Tu savais.
Elle hocha la tête.
— Oui.
Je pris le dossier.
À l'intérieur se trouvait une déclaration signée.
« Éléonore de Rochefort a accepté de collaborer avec le Cercle afin de protéger Clara Martin. »
Je levai les yeux.
— Tu travaillais pour eux ?
Éléonore répondit :
— Oui.
— Depuis quand ?
— Depuis que j'avais dix-huit ans.
— Pourquoi ?
Elle me regarda.
— Parce qu'ils menaçaient de te tuer.
Je restai silencieuse.
Puis je trouvai une seconde feuille.
Et cette fois...
mon sang se glaça.
Il s'agissait d'un contrat.
Une date.
Une signature.
Victor de Rochefort.
Et une clause.
« En cas de disparition du registre, Clara Martin devra être éliminée. »
Je levai les yeux vers mon père.
— Victor avait ordonné ma mort.
Il secoua la tête.
— Non.
— Sa signature est là !
— C'est un faux.
— Comment le sais-tu ?
Il regarda le document.
— Parce que je l'ai fabriqué.
Je reculai.
— Quoi ?
Mon père ferma les yeux.
— Victor n'a jamais signé ce document.
Je regardai Éléonore.
Elle murmura :
— Mais Henri veut que tu le croies.
Soudain, le magnétophone s'alluma.
Une voix enregistrée résonna dans la pièce.
La voix de Victor.
« Si Clara découvre ce coffre, alors je serai probablement mort. »
Je me figeai.
La voix continua :
« Mais il y a une dernière chose qu'elle doit savoir. »
Un grésillement.
Puis :
« Henri Delatour n'est pas le chef du Cercle. »
Mathieu releva brusquement la tête.
Je regardai mon père.
La voix de Victor prononça alors les mots qui changèrent tout :
« Le véritable chef est quelqu'un que Clara connaît depuis son enfance. »
Le magnétophone s'arrêta.
Personne ne bougea.
Puis une voix derrière nous murmura :
— C'est exact.
Nous nous retournâmes.
Une silhouette se tenait au sommet de l'escalier.
Et je reconnus son visage.
Ma mère.
Mais elle n'était pas seule.
À côté d'elle se tenait...
Henri Delatour.
Il souriait.
— Enfin réunis.
Ma mère me regarda.
Puis elle dit :
— Clara...
Sa voix tremblait.
— Je suis désolée.
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Et Henri ajouta :
— Parce que ta mère est la véritable dirigeante du Cercle.