CHAPITRE 18 — LA NUIT OÙ LE CERCLE EST TOMBÉ

CHAPITRE 18 — LA NUIT OÙ LE CERCLE EST TOMBÉ
Le silence qui suivit les coups de feu fut plus terrifiant que les explosions.
— Gabriel !
Je voulus courir dans le tunnel, mais mon père me retint.
— Clara, non !
— Lâche-moi !
— Il t'a demandé de partir.
— C'est mon frère !
Ma mère s'approcha de moi, les larmes aux yeux.
— Il voulait te sauver.
— Et moi, je dois l'abandonner ?
Personne ne répondit.
Puis une voix résonna dans l'obscurité.
— Clara...
Je me figeai.
C'était Gabriel.
Faible.
Mais vivant.
Je courus vers lui.
Il apparut au bout du tunnel, appuyé contre le mur, une main pressée contre son flanc.
— Tu es blessé !
— Rien de grave.
Je me précipitai vers lui.
— Ils sont où ?
Gabriel regarda derrière lui.
— Ils ne nous suivront plus.
— Tu les as tués ?
Il secoua la tête.
— Non. Je les ai enfermés.
Je soufflai de soulagement.
Puis il me tendit son téléphone.
— Regarde.
L'écran affichait une carte du bâtiment.
Plusieurs points rouges clignotaient.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Les serveurs du Cercle.
— Ils sont ici ?
— Oui.
— Et si on les détruit ?
Gabriel sourit.
— Le Cercle perd tout.
Je compris.
— Les comptes.
— Les identités.
— Les preuves.
— Les dossiers.
Il acquiesça.
— Tout.
Nous descendîmes plus profondément.
La salle centrale se trouvait derrière une immense porte blindée.
Gabriel sortit la clé.
Je la pris.
— C'est moi qui ouvre.
Il me regarda.
— Pourquoi ?
— Parce que tu avais raison.
— Sur quoi ?
— Je dois arrêter de fuir.
J'introduisis la clé.
La porte s'ouvrit.
À l'intérieur se trouvait une immense salle circulaire.
Des dizaines d'écrans couvraient les murs.
Des serveurs tournaient en permanence.
Au centre se trouvait une table noire.
Sur celle-ci...
un dossier.
Mon nom était inscrit dessus.
CLARA MARTIN — SUCCESSION FINALE
Je l'ouvris.
Le premier document était signé par mon grand-père.
Le deuxième par ma mère.
Le troisième par mon père.
Puis un dernier document.
Je me figeai.
Gabriel Martin.
Je regardai mon frère.
— Tu as signé ça ?
Il baissa les yeux.
— Oui.
— Quand ?
— Il y a huit ans.
— Pourquoi ?
— Pour protéger ta vie.
Le document disait :
« Si Clara Martin devient héritière légale, Gabriel Martin renonce à toute prétention sur la fortune familiale et sur le contrôle du Cercle. »
Je relevai les yeux.
— Tu as renoncé à tout ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Il sourit.
— Parce que je ne voulais pas que tu deviennes comme nous.
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
— Tu aurais pu me le dire.
— Je n'en avais pas le droit.
— Pourquoi ?
Il désigna la caméra au plafond.
— Parce qu'ils nous écoutaient.
Soudain, les écrans s'allumèrent.
Le visage du juge Delacroix apparut.
— Touchant.
Je me retournai.
— Vous êtes encore là ?
— Je suis partout.
Gabriel répondit :
— Pas pour longtemps.
Le juge sourit.
— Tu crois vraiment pouvoir détruire le Cercle ?
— Oui.
— Alors fais-le.
Je regardai les serveurs.
— Vous avez peur.
— Non.
— Si.
Je pris le registre.
— Vous savez ce qu'il contient.
— Oui.
— Et vous savez ce que je vais faire.
Le juge ne répondit pas.
Je posai le registre sur la table.
— Je vais tout publier.
Il sourit.
— Personne ne te croira.
Je répondis :
— Alors je leur donnerai les preuves.
Je regardai Gabriel.
— Lance le transfert.
Il comprit immédiatement.
— Clara...
— Fais-le.
Il brancha le système.
Une barre apparut.
TRANSFERT DES ARCHIVES : 3 %
Le juge perdit son sourire.
— Arrêtez immédiatement !
12 %.
— Clara !
27 %.
Le juge cria :
— Vous ne comprenez pas ce que vous faites !
44 %.
Je répondis :
— Si.
61 %.
— Je mets fin à votre règne.
78 %.
Le système déclencha une alarme.
92 %.
Le juge paniqua.
— Coupez le réseau !
Des hommes entrèrent dans la salle.
Mais cette fois...
des policiers les suivirent.
Le chef de l'équipe cria :
— À terre !
Les hommes du Cercle déposèrent leurs armes.
100 %.
Le transfert était terminé.
Les archives étaient désormais sur des serveurs sécurisés dans plusieurs pays.
Impossible de les effacer.
Le juge regarda l'écran.
Son visage devint livide.
— Qu'avez-vous fait ?
Je répondis :
— La seule chose que vous n'aviez jamais imaginée.
— Quoi ?
— J'ai donné le pouvoir aux victimes.
Quelques minutes plus tard, le palais de justice était encerclé.
Les journalistes reçurent les premières informations.
Les noms commencèrent à apparaître.
Des dirigeants.
Des banquiers.
Des magistrats.
Des policiers.
Des hommes d'affaires.
Le Cercle s'effondrait.
Un empire construit pendant plus d'un siècle disparaissait en quelques heures.
Mais quelque chose me troublait.
Je regardai mon père.
— Est-ce terminé ?
Il me regarda.
— Pas encore.
— Pourquoi ?
Il désigna le registre.
— Parce que nous ne savons toujours pas qui a commencé tout cela.
Je fronçai les sourcils.
— Mon arrière-grand-père.
— Oui.
— Mais pourquoi ?
Ma mère répondit :
— Pour protéger sa famille.
— Contre qui ?
Elle ne répondit pas.
Gabriel s'approcha.
— Contre l'État.
Je restai silencieuse.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Il prit un document.
— Le Cercle avait été créé après une guerre.
— Et alors ?
— Ton arrière-grand-père avait découvert que certains responsables politiques détournaient l'argent destiné aux familles victimes.
— Alors il a créé une organisation secrète.
— Oui.
— Pour récupérer l'argent.
— Exactement.
Je regardai le registre.
— Alors tout n'était pas mauvais au début.
Gabriel secoua la tête.
— Non.
— Mais les générations suivantes l'ont transformé.
— Oui.
Je fermai les yeux.
— Et maintenant ?
Gabriel répondit :
— Maintenant, tu dois décider ce que tu fais de l'argent.
Quelques jours plus tard, les tribunaux ouvrirent des centaines d'enquêtes.
Les comptes furent gelés.
Les propriétés saisies.
Les membres du Cercle arrêtés.
Henri fut placé en détention.
Le juge Delacroix fut arrêté à son tour.
Gabriel fut hospitalisé.
Mon père resta à ses côtés.
Ma mère ne quittait plus la chambre.
Pour la première fois de ma vie...
nous étions réellement ensemble.
Mais je savais qu'une dernière décision m'attendait.
Les douze milliards.
Je pouvais les garder.
Les investir.
Disparaître.
Ou les rendre.
Je choisis la quatrième option.
Une fondation fut créée.
Son nom :
Fondation Martin.
L'argent fut utilisé pour indemniser les victimes du Cercle, financer des écoles, aider les familles ruinées et soutenir les enfants abandonnés par les membres de l'organisation.
Je refusai toute fonction politique.
Toute richesse personnelle.
Toute position dans le Cercle.
Je voulais simplement vivre.
Trois mois plus tard, je retournai au cimetière.
Je m'agenouillai devant la tombe de mon père.
Mais cette fois...
mon père était vivant.
Il se tenait derrière moi.
Je me retournai.
Il sourit.
— Tu viens souvent ici.
— J'avais besoin de parler à quelqu'un.
— À qui ?
Je regardai la pierre.
— À la personne que je croyais être mon père.
Il s'assit près de moi.
— Et maintenant ?
Je souris.
— Maintenant, je préfère parler au vrai.
Il me prit la main.
Puis une voix retentit derrière nous.
— Vous avez oublié quelqu'un.
Gabriel.
Il venait d'arriver.
Nous nous regardâmes.
Je souris.
— Tu es en retard.
— J'avais un rendez-vous.
— Avec qui ?
— Ma petite sœur.
Je ris.
Pour la première fois depuis des semaines.
Mais alors...
mon téléphone vibra.
Je regardai l'écran.
Un nouveau message.
Numéro inconnu.
« Vous avez détruit le Cercle. »
Puis :
« Mais le Cercle n'était qu'une branche. »
Mon sourire disparut.
Un deuxième message arriva.
« Le véritable réseau vient de se réveiller. »
Gabriel prit mon téléphone.
Son visage se décomposa.
— Clara...
— Quoi ?
Il me regarda.
— Je connais ce symbole.
Une image venait d'apparaître.
Un cercle rouge.
Traversé par une ligne noire.
Gabriel murmura :
— C'est le symbole de l'organisation qui a créé le Cercle.
Je demandai :
— Elle existe encore ?
Il répondit :
— Oui.
— Où ?
Il regarda l'horizon.
— Partout.
Puis mon téléphone vibra une dernière fois.
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« Félicitations pour votre victoire. »
« Maintenant, préparez-vous pour la véritable guerre. »